JD Vance a l’habitude de se montrer très actif sur ses réseaux sociaux. Pourtant, depuis le lancement de l’attaque américano-israélienne sur l’Iran samedi 28 février, le vice-président américain n’a pas écrit un seul tweet sur le sujet. Il se contente de relayer les posts de la Maison Blanche, en particulier ceux qui se veulent rassurants sur les objectifs des États-Unis dans ce conflit.
Plus encore, alors que de nombreux républicains n’ont pas manqué de féliciter Donald Trump tout au long du week-end pour son opération et la mort d’Ali Khamenei, son vice-président a attendu 72 heures avant de prendre la parole. Il l’a finalement fait lundi 2 mars, sur Fox News, lors d’une intervention de six minutes à peine. Une retenue qui interroge sur sa position face à cette escalade militaire.
Ancien combattant du Corps des Marines des États-Unis, JD Vance a bâti son image politique sur son opposition aux interventions militaires américaines dans le monde entier, en Ukraine comme au Moyen-Orient. Il a critiqué de nombreuses fois l’engagement des États-Unis dans des « guerres sans fin ».
Il en a même fait son argument principal pour soutenir la candidature de Donald Trump à la présidence, en janvier 2023 : « La meilleure politique étrangère pour Trump ? Ne pas commencer de guerres », avait-il écrit dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal.
À cette époque le milliardaire républicain se présentait également comme « le candidat de la paix », et promettait de mettre fin aux interventions américaines à l’étranger. Mais depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump n’a pas suivi son discours à la lettre. Au contraire.
Une position inconfortable
Le président américain a ordonné de nombreuses frappes à l’étranger, notamment au Yémen au printemps dernier, mais aussi au Venezuela plus récemment. Vance avait d’ailleurs déjà fait le choix de la discrétion après cette attaque qui a conduit à la chute de Nicolas Maduro, contrairement au Secrétaire d’État Marco Rubio, autre potentiel héritier de Donald Trump pour 2028, qui se montre bien plus enclin à défendre une position internationale offensive.
L’opération en Iran vient une nouvelle fois fragiliser la posture politique de JD Vance, et son avenir à la Maison Blanche. Jusqu’ici, il reste le grand favori pour succéder à Donald Trump en tant que candidat du Parti républicain à la présidence de 2028. Mais pour y arriver, il devra défendre le bilan de l’administration Trump. Y compris cette nouvelle opération contre Téhéran, ce qui apparaît délicat pour celui qui a bâti sa carrière politique sur la critique de l’interventionnisme américain.
Des réserves en coulisses ?
48 heures avant l’attaque américano-israélienne en Iran, le vice-président américain avait déclaré dans un entretien au Washington Post : « Je pense que nous préférons tous l’option diplomatique ». L’administration Trump et l’Iran en étaient alors à leur troisième session de pourparlers sous médiation omanaise à Genève.
Le lendemain, vendredi, JD Vance avait poursuivi ses négociations en rencontrant le ministre des Affaires étrangères d’Oman, un médiateur incontournable dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis. The Atlantic précise que « dans les jours précédant les attaques, certains des plus hauts conseillers de Trump, dont le vice-président Vance (…) ont exprimé des réserves quant à l’opération ».
Lorsque les frappes en Iran ont débuté tôt samedi matin, Vance ne se trouvait pas avec Donald Trump, qui supervisait les opérations depuis Mar-a-Lago, en Floride, aux côtés notamment de Marco Rubio. Le vice-président était lui à Washington, dans la salle de crise de la Maison Blanche, comme vous pouvez le voir sur la photo en tête d’article. Ce détail a donné lieu à plusieurs spéculations.
Cependant, un porte-parole du vice-président a assuré au Financial Times que Vance était « pleinement intégré au processus de planification et a supervisé l’exécution de l’opération depuis la salle de crise » de Washington. Il fait valoir que JD Vance se trouvait dans la capitale non pas en raison d’une quelconque désapprobation, mais simplement pour respecter les protocoles de sécurité de l’administration. La Maison Blanche a livré des déclarations similaires à la presse, et Donald Trump lui-même a déclaré lundi que Vance « n’avait pas besoin d’être convaincu ».
Une crédibilité fragilisée au sein du camp MAGA
Malgré ces déclarations censées apaiser les esprits, le décalage entre les idées portées par Vance et l’opération lancée par Donald Trump est flagrant, et il vient fragiliser sa crédibilité jusque dans le camp MAGA. « C’est plutôt mauvais pour Vance », a estimé auprès de Politico le dirigeant d’une importante ONG de droite restée anonyme, qui milite pour une politique étrangère plus mesurée. « Il a dû se plier à la tâche ingrate d’être subordonné et tenter de convaincre des gens comme nous que la situation était en réalité entre de bonnes mains – et c’est difficile à accepter ».
Dans une tribune publiée ce week-end dans la revue britannique UnHerd, l’essayiste conservateur et allié de longue date de Vance, Sohrab Ahmari, a vivement critiqué le vice-président. « Le Vance qui, jadis, critiquait avec véhémence une “politique étrangère moralisatrice” supervise aujourd’hui des frappes visant explicitement à libérer le peuple iranien », a-t-il écrit, déplorant une « ironie sidérante ».
Dans son interview sur Fox News lundi, Vance a adopté un ton rassurant pour tenter d’apaiser la frange anti-interventionniste… Tout en soutenant Donald Trump. Le visage grave, il a défendu les attaques en Iran et affirmé qu’elles poursuivaient l’objectif « clairement défini » d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire.
Surtout, il a tenu à rassurer sur la durée de l’engagement américain : « Je l’ai dit avant le début du conflit et je le répète, Donald Trump ne laissera pas le pays s’engager dans un conflit de plusieurs années », a-t-il assuré, évoquant l’Irak et l’Afghanistan. Reste que, pour l’heure, le président américain demeure flou quant à l’ampleur et à la durée de l’opération.
Source: https://www.huffingtonpost.fr/
Crédito: Link de origem
