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La malédiction des rois et l’héritage des quatre frères

Au cœur de l’Ouest-Cameroun, le village Bameka porte en lui les secrets d’une histoire vieille de plus de trois siècles. Une épopée marquée par la séparation de quatre frères chasseurs, des alliances mystiques et une malédiction qui a failli éteindre sa dynastie.

Il est difficile de raconter l’histoire du village Bameka sans évoquer celles de ses voisins et frères : Bamendjou, Bamougoum et Bansoa. Une histoire commune qui plonge ses racines aux alentours de 1700, dans l’actuel département de la Menoua.

Aux origines : quatre frères en quête de terres

Tout commence à Fongo-Tongo. Quatre frères chasseurs, confrontés à l’insuffisance des terres cultivables dans leur région natale, décident de partir à l’aventure. Leur quête les mène sur l’emplacement actuel de Bameka où ils s’installent ensemble pendant quelques années, avant que des conflits récurrents ne les poussent à se séparer.

  • Le premier part au Sud-Ouest et fonde Bamendjou
  • Le second reste sur place et fonde Bameka
  • Le troisième part au Nord et fonde Bamougoum
  • Le quatrième se retire au Nord-Ouest pour fonder Bansoa

Aujourd’hui encore, ces quatre villages partagent le « Nguemba », une langue Bamiléké issue du Ghomálá’, parlée également à Bafounda.

La signification cachée des noms de villages

L’histoire raconte que les noms de ces villages viennent des surnoms donnés par leurs parents à ces quatre enfants, en fonction de leurs traits de caractère.

1. Bamendjou : « Le petit malheur »
Le premier né, conçu avant le mariage de sa mère, n’était pas pleinement accepté par son père adoptif. À chaque bêtise, le père s’exclamait : « JÔ MU’NDJWO WA LET LA’LA » (« voici un petit malheur qui me colle à la peau »). Ses frères le surnommèrent « MU’NDJWO » (petit malheur), donnant naissance au nom Bamendjou.

2. Bameka : « L’enfant qui dorlote »
Le second aimait tant pouponner son petit frère qu’il le serrait trop fort contre lui. Leur mère s’écria : « MANA’H NKATCHE MÈ TA CHIA » (« cet enfant étreint trop le bébé »). On l’appela « MU NKATCHE » (l’enfant qui aime dorloter), devenu plus tard « MU-NKA », soit Bameka.

3. Bamougoum : « Le petit malin »
Gentil et serviable, le troisième savait toujours se faire bien voir pour obtenir un peu plus que les autres. Sa mère remarqua : « MANA’H NKWONG NGOUGOUM NE TSIT TA TCHIA » (« cet enfant aime faire le malin pour être rassasié »). Surnommé « MU-NGOUGOUM » (petit malin), il donna son nom à Bamougoum.

4. Bansoa : « Le semeur de discorde »
Le quatrième, très querelleur, était constamment source de conflits. Ses parents lui intimèrent l’ordre : « TCHO YI SATCHE PEUMEMA POH » (« ne sème plus la discorde »). De « NE SATCHE » (désunir) vint le nom « NSAAH », aujourd’hui Bansoa.

Les alliances mystiques entre royaumes

Une particularité historique lie encore aujourd’hui ces quatre chefferies. Les affinités naturelles entre les frères ont perduré après leur séparation : « MU-NDJWO » (Bamendjou) était très lié à « MU-NKATCHE » (Bameka), tandis que « MU-NGOUGOUM » (Bamougoum) s’entendait bien avec « SSA » (Bansoa).

Cette fraternité s’est érigée en loi successorale : le roi Bamendjou « arrête » (intronise) le roi Bameka et vice versa, tout comme le roi Bamougoum intronise celui de Bansoa et vice versa. Une tradition qui garantit l’équilibre des pouvoirs dans cette région.

La malédiction des rois Bameka

Avec une superficie d’environ 52 km², le village Bameka a pour chef actuel Sa Majesté Foo Takoukam Jean Raymond. Mais son accession au trône en 2005 a mis fin à une période sombre.

En l’espace de dix ans (du milieu des années 90 à 2005), le village a perdu successivement trois rois, tous montés sur le trône de manière jugée « peu orthodoxe ». Dans la tradition orale, beaucoup pensaient qu’une malédiction frappait le village pour avoir bafoué les règles de succession légitime.

C’est dans ce contexte que Fo’o Jean Raymond Takoukam fut intronisé. Pour conjurer le mauvais sort et purifier le royaume, il organisa le 2 avril 2011 le premier festival culturel « Kaa Ndeh Munka » (l’equivalent de « lève-toi et marche » pour le peuple Munka). Un rituel grandiose pour exorciser le mal à la racine et célébrer l’unité du peuple Bameka.

Ce festival, qui met en valeur la culture et les richesses locales, se tient désormais tous les quatre ans. La prochaine édition aura lieu en avril 2023.

La lignée des vingt rois de Bameka

Vingt souverains se sont succédé sur le trône de Bameka depuis sa fondation. Voici la liste complète des Fo’o (rois) qui ont régné :

  1. Fô Ŋkàh
  2. Fô Jwɔ̂ŋvǿ
  3. Fô Ŋkàh njò i
  4. Fô Nɔ̀ŋgwɔ̀ŋgwɔ̀ŋ
  5. Fô Ŋkàh njò II
  6. Fô Tsìŋ ténə̀
  7. Fô Kemtchewet
  8. Fô Nguepongwa
  9. Fô Tagatha
  10. Fô Tàkûkǎm
  11. Fô Pamə́kwɔ̀ŋ
  12. Fô Fø̀ŋkǎm
  13. Fô Fòtsíŋ
  14. Fô Fø̀gâŋ
  15. Fô Tàkûkǎm II mbɛ̀ ténə̀ kǔgùm
  16. Fô Mbʉ̂kɔ́ Michel
  17. Fô Tàmbɔ́ Felix
  18. Fô Pɔ̀’kám Mbʉ̂kɔ́ Frédéric
  19. Fô Chyìndə́ Samuel
  20. Fô Tàkûkǎm Jean-Raymond (actuel souverain)

Avec l’arrivée de Fo’o Takoukam Jean-Raymond, le trône de Bameka semble avoir retrouvé sa stabilité, mettant fin à une décennie de turbulences qui avait ébranlé ce pilier de la culture Bamiléké.

Crédito: Link de origem

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