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La revanche des immortels : Iran, Amérique, Israël : quand la géopolitique devient le théâtre d’une apocalypse annoncée

Permettez-moi de commencer par une confession qui n’en est pas une : je ne suis pas surpris. Non, vraiment. Pendant que les éditorialistes du monde entier s’arrachaient les cheveux devant leurs écrans, pendant que les analystes formatés aux think tanks de Washington simulaient l’étonnement avec la conviction d’un acteur de série B, pendant que les diplomates ajustaient leurs cravates avec la solennité de gens qui découvrent que le feu brûle — moi, je n’étais pas surpris. Et si vous avez lu Montesquieu, vous non plus ne devriez l’être.

Dans Les Lettres persanes, publiées en 1721, ce génie gascon qu’était Charles-Louis de Secondat avait déjà entrepris de disséquer l’âme perse avec la précision d’un chirurgien et l’ironie d’un homme qui sait que la vérité fait rire ceux qui pensent et pleurer ceux qui ne pensent pas. Montesquieu avait compris, trois siècles avant les satellites espions et les frappes de drones, que le Persan est un être d’une profondeur vertigineuse, habité par un sens de l’honneur qui confine à la métaphysique, et par une mémoire longue comme les murailles de Persépolis. Un peuple qui se souvient de Cyrus le Grand, qui pleure encore Husayn à Kerbala chaque année avec des lamentations qui font trembler les fondations du temps — ce peuple-là ne pardonne pas. Il attend. Et l’attente perse n’est pas de la passivité : c’est de la patience stratégique élevée au rang de civilisation.

Alors quand l’Amérique, dans toute sa superbe néo-impériale, décide de frapper l’Iran — que ce soit ses généraux, ses installations, ses proxies ou son orgueil — et qu’ensuite elle réclame un cessez-le-feu avec le sourire décontracté de quelqu’un qui vient de donner un coup de pied dans une ruche et demande poliment aux abeilles de se calmer, permettez-moi de sourire. Pas d’un sourire méchant, non — d’un sourire de lecteur. Du sourire de quelqu’un qui a vu ce scénario écrit bien avant que les acteurs ne montent sur scène.

II. L’orgueil persan, ou : ce que trois mille ans d’histoire font à un peuple

Il faut comprendre quelque chose d’essentiel, quelque chose que les stratèges du Pentagone semblent avoir égaré entre deux PowerPoint et une tasse de café : l’Iran n’est pas un pays. C’est une civilisation.

La différence est capitale. Un pays peut être intimidé, sanctionné, humilié, contraint à la table des négociations. Une civilisation ne négocie pas sa dignité — elle la recouvre, éventuellement dans le sang, mais elle la recouvre. Cyrus le Grand régnait sur le plus grand empire que le monde ait jamais connu, bien avant que Rome ne soit qu’un village de bergers sur les collines du Latium. Darius et Xerxès envoyaient leurs armées aux quatre coins du monde connu. Les Perses ont traversé Alexandre, les Parthes, les Arabes, les Mongols, les Ottomans — et ils sont encore là, parlant le farsi, récitant Hafez et Rumi, nourrissant dans leurs entrailles ce feu particulier que Nietzsche aurait reconnu : la volonté de puissance d’un peuple qui a été au sommet du monde et qui sait, au fond de lui-même, qu’il peut y retourner.

Machiavel, dans Le Prince, nous enseigne que l’on peut vaincre un peuple par les armes, mais que l’on ne conquiert jamais vraiment un peuple qui se souvient de sa grandeur passée. “Les hommes oublient plus facilement la mort de leur père que la perte de leur patrimoine”, disait-il. Imaginez alors ce que représente pour un Iranien la perte non de son patrimoine matériel, mais de son prestige civilisationnel. Les sanctions économiques, les assassinats de généraux, les sabotages de centrifugeuses — tout cela n’est pas perçu à Téhéran comme une politique de dissuasion. C’est perçu comme une insulte. Et une insulte perse se rembourse avec des intérêts.

La République islamique d’Iran — et c’est là où la chose devient théologiquement fascinante — a greffé sur cet orgueil persan millénaire une dimension eschatologique proprement vertigineuse. Pour les ayatollahs, ce n’est pas simplement la nation perse qui est en jeu : c’est le destin de l’islam chiite, la vengeance du sang de Husayn, la marche vers la réapparition du Mahdi. Quand vous combattez un ennemi qui est convaincu que la mort au combat lui ouvre les portes du paradis, les calculs de coût-bénéfice de vos économistes en chef perdent un peu de leur pertinence.

III. Le suprémacisme : ce vice que tout le monde pratique et que personne n’assume

Parlons maintenant d’un mot que les bien-pensants ont tendance à réserver à quelques mouvements de banlieue américaine ou à des groupuscules européens en manque d’identité : le suprémacisme.

Car enfin, soyons sérieux. Le conflit qui se joue sous nos yeux est, dans sa structure profonde, une collision de suprémacismes. Plusieurs, imbriqués, et chacun convaincu d’avoir Dieu, l’Histoire ou la Raison de son côté.

Il y a d’abord le suprémacisme américain — le plus puissant, le plus technologiquement sophistiqué, et surtout le mieux habillé. Depuis la doctrine Monroe jusqu’à la Pax Americana, les États-Unis ont toujours opéré avec la conviction tranquille que le monde leur appartient de droit, ou du moins qu’il leur appartient de le gérer. Cette conviction n’est pas nécessairement malveillante — elle est structurelle. Un empire ne se perçoit pas comme un empire ; il se perçoit comme une responsabilité. “Le fardeau de l’homme blanc” de Kipling, recyclé en kérosène pour F-35.

Il y a ensuite le suprémacisme israélien — dans sa version la plus radicale, celle des colons de Cisjordanie et de certains membres de l’actuel gouvernement Netanyahu — qui procède d’une théologie de l’élection divine érigée en programme politique. L’idée que la terre promise est une réalité géographique à conquérir plutôt qu’une métaphore spirituelle à méditer a produit des effets que même les rabbins les plus conservateurs auraient du mal à entièrement endosser. Mais la politique a ses propres lois, et quand la survie d’une coalition gouvernementale dépend des partis les plus extrémistes de l’arc politique, la théologie devient un outil commode.

Il y a enfin le suprémacisme islamique chiite — centré sur Téhéran, mais rayonnant jusqu’au Hezbollah libanais, aux Houthis yéménites, aux milices irakiennes. C’est la conviction que l’islam chiite est le dépositaire authentique de la révélation, que l’injustice de Kerbala doit être réparée dans l’histoire, et que l’Iran est le pivot de cette rectification cosmique. Ce suprémacisme-là est particulièrement puissant parce qu’il puise simultanément dans le nationalisme persan et dans la théologie martyre — un cocktail dont l’Histoire nous a appris qu’il produit des combattants d’une résolution que nulle sanction économique ne peut entamer.

Au milieu de tout cela, comme Tocqueville observant la démocratie avec un mélange d’admiration et d’inquiétude, on est fondé à se demander si ces différentes formes de suprémacisme peuvent coexister sans se consumer mutuellement. La réponse, que l’actualité nous offre chaque matin avec la régularité d’un journal de bord, semble être : non.

IV. Trump, la Chine, et la stratégie du rhinocéros

Il faut maintenant parler de l’éléphant dans la pièce. Ou plutôt du rhinocéros — car l’éléphant, lui, a de la mémoire, tandis que le rhinocéros charge sans trop réfléchir à ce qui se trouve derrière la clôture.

Donald Trump est en mission. Pas une mission de paix, contrairement à ce que ses partisans aimeraient croire, ni une mission de guerre pure, contrairement à ce que ses détracteurs répètent en boucle. C’est une mission de repositionnement hégémonique. Et la cible principale n’est pas l’Iran. La cible principale, c’est la Chine.

Tout dans la politique extérieure de Trump depuis son retour au pouvoir s’inscrit dans cette logique : les droits de douane punitifs, les restrictions technologiques, la pression sur les alliés pour qu’ils choisissent leur camp, et oui — la démonstration de force au Moyen-Orient. Car le Moyen-Orient, dans cette grille de lecture, n’est pas une fin en soi. C’est un message adressé à Pékin. Un message qui dit : “Regardez ce dont nous sommes capables. Regardez comme nous frappons vite et fort. Maintenant, parlez-moi de la mer de Chine méridionale.”

Mais Xi Jinping, qui a lu Sun Tzu là où Trump a lu The Art of the Deal, a compris le message et a décidé d’y répondre non par la confrontation directe, mais par la multiplication des fronts. Si l’Amérique est épuisée au Moyen-Orient, si elle saigne des ressources, du prestige et de la crédibilité dans les sables de Perse, elle sera moins disponible pour Taiwan, moins crédible en mer de Chine, moins capable d’imposer sa vision de l’ordre mondial. La Chine a donc choisi de laisser l’Iran — qu’elle soutient discrètement en achetant son pétrole sous embargo — lui faire mordre la poussière par procuration.

C’est du Clausewitz appliqué avec la subtilité confucéenne : “La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens.” Et dans ce cas précis, la politique chinoise consiste à laisser d’autres faire la guerre à sa place pendant qu’elle consolide ses positions économiques et militaires à l’échelle planétaire. Machiavellien ? Absolument. Efficace ? L’Histoire le dira. Mais il faut reconnaître que c’est infiniment plus intelligent que de tweeter à trois heures du matin.

Quant à Trump, il ne lâchera rien. C’est sa nature, c’est sa marque, c’est son capital politique. Un homme qui a construit toute sa persona sur l’idée qu’il ne recule jamais ne peut pas, dans le contexte d’une riposte iranienne en bonne et due forme, aller expliquer à ses électeurs de l’Ohio qu’il a demandé un cessez-le-feu. Enfin, il peut — il vient apparemment de le faire — mais l’histoire ne s’arrête pas là. Ce cessez-le-feu, s’il advient, sera le cessez-le-feu d’un homme qui reprend son souffle avant de frapper à nouveau. C’est la dialectique de l’empire : avancer, reculer tactiquement, avancer encore.

V. Israël, ou le pari de Samson

Permettons-nous une parenthèse biblique, puisque nous sommes dans la région qui a inventé la Bible.

Il y a dans la stratégie d’Israël depuis quelques années quelque chose qui ressemble au pari de Samson : la conviction que si l’on frappe assez fort, assez vite, assez loin, on neutralisera l’ennemi avant qu’il ne soit en mesure de riposter de manière existentiellement menaçante. C’est une stratégie qui a fonctionné remarquablement bien pendant des décennies — et dont on commence à toucher les limites.

Car Samson, rappelons-le, a fini les yeux crevés, enchaîné dans le temple des Philistins. Il a certes tout fait s’effondrer dans sa mort — mais il est mort. La question que pose l’escalade actuelle est précisément celle-là : jusqu’où Israël est-il prêt à aller ? Et jusqu’où l’Iran est-il prêt à encaisser avant de répondre de manière véritablement stratégique, pas seulement symbolique ?

La réponse iranienne en cours n’est pas seulement une démonstration de force. C’est une démonstration de capacité. C’est l’Iran qui dit à Israël — et à l’Amérique derrière Israël : “Vous pensez que nous sommes limités. Vous avez tort. Nous pouvons vous atteindre, nous pouvons vous surprendre, et nous pouvons durer.” C’est le message géopolitique le plus important de cette séquence, bien au-delà du nombre de missiles tirés ou de kilomètres parcourus.

L’Amérique et Israël risquent d’aller très loin dans cette affaire. Beaucoup plus loin qu’ils ne l’ont prévu. Pas nécessairement parce qu’ils le souhaitent — mais parce que dans une dynamique d’escalade entre une puissance qui ne peut pas paraître faible et une civilisation qui ne peut pas accepter l’humiliation, le frein rationnel a tendance à céder sous la pression de l’émotion nationale et du calcul électoral.

VI. L’Apocalypse comme grille de lecture

Et nous arrivons là à ce qui me semble être la lecture la plus honnête — et la plus terrifiante — de ce qui se passe.

Nous assistons à une partie de l’Apocalypse.

Je n’emploie pas ce mot dans son sens de catastrophe totale. Je l’emploie dans son sens étymologique grec : apokalypsis, le dévoilement. La levée du voile. Ce qui est en train de se jouer sous nos yeux n’est pas seulement un conflit régional de plus dans une région condamnée à l’instabilité perpétuelle. C’est le dévoilement de la structure profonde du monde tel qu’il est, débarrassé des hypocrisies diplomatiques et des conventions de façade.

Ce qui se dévoile, c’est d’abord la fin de l’unipolarité américaine. Le monde que l’Amérique a gouverné seule depuis 1991 est en train de se fissurer. Non pas que l’Amérique soit faible — elle reste militairement et économiquement la puissance dominante. Mais sa domination n’est plus inconditionnelle, et surtout elle n’est plus légitimée par l’adhésion des autres. Et un empire sans légitimité doit dépenser beaucoup plus d’énergie pour maintenir sa position — ce qui, mécaniquement, accélère son déclin relatif. Mais, j’insiste, elle a encore de beaux jours devant elle. Ibn Khaldoun, penseur maghrébin du XIVe siècle, avait théorisé ce cycle avec une lucidité qui devrait figurer dans tous les programmes de science politique américains : toute civilisation porte en elle les germes de son déclin, et la phase d’apogée contient toujours l’arrogance qui prépare la chute.

Ce qui se dévoile ensuite, c’est la résurgence des civilisations non-occidentales comme acteurs autonomes du jeu mondial. L’Iran, la Chine, la Russie — quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir de leurs régimes respectifs — refusent désormais de se laisser assigner le rôle de figurants dans un théâtre dont l’Occident écrirait seul le scénario. C’est précisément ce que Huntington avait anticipé dans son Choc des Civilisations : non pas une guerre de religions au sens médiéval du terme, mais une compétition entre des blocs culturels qui ont des visions incompatibles de ce que devrait être l’ordre mondial.

Ce qui se dévoile enfin, c’est la fragilité des structures internationales censées prévenir exactement ce type d’escalade. L’ONU regarde, les résolutions s’accumulent, et personne ne les lit. Le Conseil de sécurité est paralysé par les vétos croisés. Le droit international est invoqué par tout le monde et respecté par personne dès que des intérêts vitaux sont en jeu. Voltaire, dans Candide, avait fait rire son siècle de l’optimisme naïf du docteur Pangloss qui voyait le meilleur des mondes possibles partout où il regardait. Nos institutions internationales contemporaines ont quelque chose du docteur Pangloss : elles déclarent solennellement la paix et la justice universelle pendant que les bombes tombent.

VII. Le cessez-le-feu, ou : la comédie des grandes puissances

Le cessez-le-feu ! Voilà une invention merveilleuse. L’Amérique frappe, l’Iran riposte, et l’Amérique demande un cessez-le-feu. C’est un peu comme quelqu’un qui enfonce méthodiquement des épingles dans une ruche, puis qui lève la main pour demander un moment de silence.

Il faut saluer l’audace narrative. Vraiment. Il faut une certaine forme de génie — cynique, mais du génie quand même — pour frapper un pays, contribuer à l’assassinat de ses généraux, imposer des sanctions qui affament sa population, soutenir les forces qui cherchent à le déstabiliser de l’intérieur, et ensuite se présenter en artisan de la paix au moment où ledit pays décide de rendre la pareille avec les moyens du bord.

Camus écrivait dans L’Homme révolté que “la violence, qu’elle soit du côté des opprimés ou des oppresseurs, est toujours solitaire.” Ce qui veut dire qu’elle n’a jamais les amis qu’elle croit avoir, et qu’elle finit toujours par se retourner contre ceux qui croient la maîtriser. La demande américaine de cessez-le-feu révèle quelque chose d’important : elle révèle que la riposte iranienne a eu un effet suffisant pour que Washington calcule que le coût de la poursuite des hostilités dépasse le bénéfice escompté. C’est-à-dire que l’Iran a, au moins momentanément, réussi à imposer sa logique à la superpuissance mondiale.

Ce n’est pas rien. Historiquement, c’est même considérable.

Mais ne nous leurrons pas sur la portée du cessez-le-feu s’il advenait. Les cessez-le-feu au Moyen-Orient ont la durabilité d’un château de sable à marée montante. Ils permettent aux belligérants de recharger leurs munitions, de rebricoler leurs alliances, de renégocier leurs positions internes, et de préparer le prochain acte. Ils ne résolvent rien parce qu’ils ne touchent à rien de structural. Et la structure de ce conflit — l’incompatibilité entre la vision américano-israélienne de l’ordre régional et la vision iranienne de sa propre place dans le monde — cette structure-là ne se résout pas par un cessez-le-feu. Elle se résout par une transformation de l’ordre mondial lui-même, ce qui prend des décennies et implique des souffrances que personne n’a envie de regarder en face.

VIII. L’Afrique regarde, et l’Afrique devrait tirer des leçons

Je suis Ivoirien. Je vis à Bingerville, pas à Téhéran ni à Washington. Et je me permets de dire à mes compatriotes africains, avec toute l’amitié que je leur porte et toute la franchise que l’amitié autorise : regardez bien ce spectacle. Prenez des notes.

Ce que vous voyez, c’est la grammaire nue du pouvoir international. C’est le monde tel qu’il fonctionne réellement, une fois qu’on a retiré le décorum des discours à l’Assemblée générale et les beaux principes des chartes fondatrices. Dans ce monde-là, la faiblesse n’est pas une option morale — elle est une invitation à être utilisé. Les grandes puissances ne vous respectent pas parce que vous avez de bons principes. Elles vous respectent parce que vous avez quelque chose qu’elles ne peuvent pas se permettre de perdre, ou parce que vous pouvez leur coûter plus cher qu’elles ne le souhaitent.

L’Iran, avec tous ses défauts, avec toutes les critiques légitimes que l’on peut adresser à son régime théocratique, a au moins compris cette leçon. Il a investi dans la technologie militaire, dans les proxies régionaux, dans la résistance aux sanctions. Il a joué un jeu long dans un monde qui ne comprend souvent que le court terme. Et aujourd’hui, il force la plus grande puissance militaire de l’histoire humaine à demander un cessez-le-feu.

Tirez-en les conclusions qui s’imposent.

IX. Épilogue : Ce que l’Histoire a déjà écrit

Hegel disait que ce que l’Histoire nous enseigne, c’est que les peuples et les gouvernements n’ont jamais rien appris de l’Histoire. Je serais tenté de lui donner raison ce matin, en regardant les nouvelles.

Mais peut-être — peut-être — que quelqu’un, quelque part, dans une bibliothèque de Téhéran ou dans un bureau de Washington, est en train de relire Montesquieu. En train de comprendre que les Perses ont une mémoire que les bombes n’effacent pas. En train de réaliser que l’orgueil d’une civilisation millénaire ne se négocie pas contre des garanties de sécurité. En train d’admettre, enfin, que dans ce jeu d’empires que jouent les grandes puissances avec le destin des peuples comme jetons, il n’y a pas de victoire propre — seulement des destructions de différentes dimensions. L’Apocalypse est en marche. Pas dans son sens fantasmatique et télévisuel — pas encore. Mais dans son sens réel : le dévoilement. Le voile se lève sur la brutalité d’un monde que la diplomatie avait appris à maquiller avec élégance. Et sous le maquillage, on retrouve ce que Thucydide avait décrit il y a vingt-cinq siècles dans son récit de la guerre du Péloponnèse : “Les forts font ce qu’ils peuvent, les faibles subissent ce qu’ils doivent.” Sauf que cette fois, les forts ne sont peut-être pas ceux qu’on croyait. Et les faibles ont appris à mordre. Je ne suis pas surpris. J’avais lu Montesquieu.

 

Jacob Koné Katina,

Chroniqueur-Consultant en communication

Crédito: Link de origem

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