Top Header Ad

L’équilibre international en péril

Car au-delà du cas iranien, un principe simpose : on nexporte pas la démocratie par la guerre. Les exemples de lIrak, de la Libye et de lAfghanistan en sont des démonstrations éclatantes. Dans ces trois cas, la chute dun régime, obtenue par la force extérieure, na pas débouché sur des démocraties stables, mais sur des États fragilisés, fragmentés et exposés à des cycles prolongés de violence. Lillusion dune libération immédiate sest heurtée à la réalité des dynamiques internes, des fractures sociales et des rivalités régionales.

 Dans cette perspective, le recours répété à la force par les États-Unis contribue à fragiliser un peu plus le droit international. Le principe de souveraineté nest pas une variable dajustement ; il constitue le socle des relations entre États. Lingérence militaire, en dehors dun cadre multilatéral incontestable, ouvre une brèche dangereuse : si une puissance sautorise à intervenir au nom de sa propre définition de la menace, alors dautres sen prévaudront demain. Le monde glisse ainsi vers une normalisation du rapport de force au détriment de la règle commune.

 Le trumpisme, incarné par Donald Trump, sinscrit dans cette logique que lon pourrait qualifier de doctrine du chaos. Au nom dune menace existentielle supposée du programme nucléaire iranien, des destructions sont justifiées comme des actes préventifs. Pourtant, cette approche semble ignorer un élément fondamental : la capacité de résistance stratégique de lIran, notamment à travers son programme balistique et ses réseaux dinfluence régionaux. Une action militaire destinée à affaiblir un régime peut paradoxalement renforcer sa cohésion interne, en alimentant un réflexe national face à lagression extérieure.

 Cette instrumentalisation de la « menace existentielle » nest dailleurs pas lapanage dun seul camp. Vladimir Poutine a mobilisé un argument similaire pour justifier linvasion de lUkraine, invoquant la nécessité de protéger le Donbass et dempêcher ladhésion de Kiev à lUnion européenne. Dans les deux cas, la sécurité nationale devient le fondement dune action militaire qui redessine les équilibres régionaux par la force. Lorsque la notion de menace est définie unilatéralement, elle devient un outil politique plus quune réalité objective.

 Cest précisément là que se dessine une inquiétude plus large. Si la force redevient un instrument ordinaire dajustement stratégique, alors dautres théâtres de tension pourraient sembraser. La question de Taïwan, face aux ambitions affichées de la Chine, ne peut plus être considérée comme une hypothèse théorique lointaine. Dans un environnement international où les lignes rouges deviennent floues et où les précédents se multiplient, lidée quune puissance puisse recourir à la force pour régler une question de souveraineté quelle estime historique nest plus totalement écartée. La banalisation des interventions unilatérales crée un effet dentraînement : chaque précédent affaiblit un peu plus la capacité dissuasive du droit international.

 Dès lors, la question iranienne dépasse le sort dun homme et même celui dun régime. Elle interroge la solidité de lordre international dans son ensemble. Si la mort de Khamenei ouvre une période dincertitude à Téhéran, rien ne garantit quelle conduira à un effondrement du système. Les structures de pouvoir, notamment sécuritaires et religieuses, peuvent assurer une continuité, voire un durcissement. Lhistoire récente montre que la destruction dun centre décisionnel ne produit pas mécaniquement la démocratie, mais peut générer des recompositions imprévisibles.

 En définitive, la multiplication des interventions au nom de menaces existentielles affaiblit l’équilibre mondial. Quil sagisse de Washington, de Moscou ou demain dautres capitales, la banalisation du recours à la force installe un climat dinstabilité durable. La souveraineté des États, principe cardinal du droit international, ne peut être relativisée sans conséquences systémiques. La paix ne se décrète pas par les bombes et la démocratie ne se construit pas sous les frappes aériennes. Si la communauté internationale ne réaffirme pas clairement la primauté du droit sur la puissance, le risque est grand de voir sinstaller un monde où la logique du chaos supplante celle de la règle — et où de nouveaux foyers majeurs de confrontation pourraient surgir plus vite quon ne limagine.

 

Ibrahima Thiam, Président du parti ACT

Crédito: Link de origem

Leave A Reply

Your email address will not be published.