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les chiffres qui font mal

La violence domestique commence souvent dans le silence et prospère dans l’indifférence. Assez ! Chaque féminicide est un échec collectif. Tolérer cela, c’est trahir nos mères, nos sœurs, nos filles. 

Elle n’est pourtant ni invisible ni rare. Elle traverse les familles, les quartiers et les générations, et constitue l’une des formes les plus persistantes de violence sociale.

Dans mes précédentes analyses, j’ai montré combien l’éducation des filles et l’autonomie économique des femmes constituent des leviers essentiels de développement et de transformation sociale. Cette question est également indissociable de celle des violences domestiques.

Car une société qui maintient des inégalités éducatives, économiques et sociales crée aussi les conditions qui favorisent la dépendance, le silence des victimes et la reproduction des violences.

Autrement dit, lutter contre les violences domestiques suppose aussi d’agir sur leurs causes profondes : l’éducation, l’autonomie économique et l’évolution des normes sociales.

Un phénomène massif mais encore largement sous-déclaré

Les violences domestiques constituent l’un des problèmes sociaux les plus graves et les plus persistants dans de nombreuses sociétés. Le Cameroun n’y échappe pas.

Les données disponibles dressent un tableau préoccupant. Selon l’Enquête Démographique et de Santé du Cameroun (EDS-MICS 2018) et la Dépêche n°893 d’Afrobarometer publiée le 1er novembre 2024, environ 43 % des femmes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir subi au moins une forme de violence physique ou sexuelle au cours de leur vie, et 32 % des femmes mariées ou séparées ont subi des violences conjugales au cours des douze derniers mois.

Ces chiffres doivent être lus avec prudence, car la peur de la stigmatisation, la pression sociale et les normes culturelles conduisent à une sous-déclaration importante des violences.

D’autres indicateurs illustrent l’ampleur du phénomène. Ainsi, une femme sur cinq déclare que son premier rapport sexuel a été forcé.

Les *mariages précoces constituent également une forme de violence structurelle*, dans la mesure où ils privent souvent les jeunes filles de leur éducation, de leur autonomie et de leur capacité à décider librement de leur avenir. Au Cameroun, 12 % des filles se marient encore avant l’âge de 15 ans, selon les données de l’Institut national de la statistique.

Des violences multiples dans la sphère conjugale

Les violences domestiques ne se limitent pas aux agressions physiques. Elles prennent des formes variées
– violences émotionnelles ou psychologiques
– ⁠violences économiques
– ⁠violences physiques
– ⁠violences sexuelles.

Certaines analyses indiquent que 43,2 % des femmes en union ont subi des violences domestiques, et que 56,4 % ont subi au moins une forme de violence au sein du couple.

Ces violences peuvent s’inscrire dans une dynamique progressive : humiliation verbale, contrôle économique, intimidation psychologique, puis violences physiques.

Les féminicides : la forme extrême de la violence domestique

Les données sur les féminicides restent fragmentaires au Cameroun, mais plusieurs sources indiquent que +plus de 130 femmes auraient été tuées par leurs conjoints entre 2019 et 2020.*

Plus récemment, 76 féminicides ont été recensés en 2024 contre 57 en 2023, selon des collectifs et organisations de la société civile.

Ces chiffres sont probablement largement sous-estimés, car de nombreux cas restent invisibles ou sont requalifiés dans les statistiques criminelles.

*Une tolérance sociale encore préoccupante*

Les enquêtes d’opinion révèlent également un problème culturel profond. Une partie non négligeable de la population considère encore *acceptable l’usage de la force au sein du couple dans certaines circonstances*, qu’il s’agisse de violences exercées contre une épouse ou, plus rarement, contre un conjoint. Les formes graves et létales touchent massivement les femmes.

La question des violences domestiques ne doit pas être réduite à une opposition entre hommes et femmes. *Il s’agit avant tout d’un problème de violence et de respect au sein du foyer, qui exige la protection de toutes les victimes et la responsabilité de tous les auteurs.*

Ce qui est parfois présenté comme une tradition, une correction conjugale ou un simple conflit familial est en réalité *une violence qui détruit des vies et fragilise les familles.*

Dans certaines régions confrontées à des crises sécuritaires, la situation est encore plus préoccupante. Dans l’Extrême-Nord par exemple, *plus de 1700 personnes ont été victimes de violences basées sur le genre en 2023*, incluant violences domestiques, violences sexuelles et mariages forcés.

*Les violences domestiques ne sont pas uniquement physiques*

Les violences domestiques ne sont pas uniquement physiques. Elles peuvent aussi être *psychologiques ou verbales*. Les humiliations répétées, le mépris ou la dévalorisation permanente peuvent profondément dégrader les relations au sein du couple.

Les données disponibles montrent clairement que *les femmes restent les premières victimes des formes les plus graves de violences conjugales*, notamment les violences physiques et les féminicides. Ce constat doit être rappelé sans ambiguïté.

Mais reconnaître cette réalité ne signifie pas ignorer d’autres formes de violence qui peuvent exister dans le couple.

Ainsi, comme le fait remarquer Mbadzama Awono Rhoméo, conseiller municipal à la commune d’Obala, dans une récente tribune dans les réseaux sociaux, certaines expressions utilisées lors de disputes conjugales — ce qu’il appelle la *« mal-bouche » *— peuvent prendre la forme de paroles profondément humiliantes :
« Tu vaux quoi ? », « Ton petit argent sert à quoi ? », ou encore « Tu crois que ces enfants sont de toi ? ».

Ces exemples illustrent des formes de *violences psychologiques et verbales (elles attaquent la dignité, la virilité ou la paternité) dont certains hommes peuvent également être victimes dans les relations conjugales au Cameroun*.

Les enquêtes, mêmes internationales, interrogent rarement les hommes de manière détaillée sur les violences subies, ce qui crée *un déficit statistique.*

La littérature montre cependant que les hommes peuvent être victimes de :
– violences psychologiques ou verbales
– ⁠violences économiques
– ⁠violences physiques.

Certaines études internationales indiquent que *10 à 20 % des hommes déclarent avoir subi des violences conjugales dans certains pays*.

Toutefois, ces chiffres varient fortement selon les contextes culturels et les méthodes d’enquête. Les hommes *signalent beaucoup moins les violences subies*, notamment en raison de la pression sociale, des normes de masculinité et du manque de dispositifs d’accueil adaptés.

*Reconnaître ces réalités ne consiste pas à opposer les souffrances, mais à rappeler une évidence simple : aucune forme de violence n’a sa place dans le couple*.

Mais une chose doit rester claire : *rien ne saurait justifier le passage à la violence physique.*

*Traiter le problème à la racine*

Les violences domestiques existent dans toutes les sociétés. Elles peuvent concerner les femmes, les hommes et parfois même des personnes âgées victimes de violences familiales.

Mais leur existence ne saurait justifier leur banalisation.

La réponse doit être claire : *tolérance zéro*.

La prévention doit commencer *dès l’école*. Les élèves doivent être sensibilisés très tôt aux conséquences des violences domestiques et à la résolution non violente des conflits.

Des mécanismes de dénonciation accessibles doivent également être mis en place. La publication *d’indicateurs annuels par arrondissement*, l’organisation de *campagnes nationales de sensibilisation* et d’événements publics peuvent contribuer à briser le silence.

Les victimes doivent surtout apprendre *qu’elles ne sont pas seules et qu’elles n’ont pas à avoir peur de parler*.

*Cinq approches dont l’efficacité est démontrée*

La littérature internationale montre que la lutte contre les violences domestiques repose généralement sur *la combinaison de plusieurs stratégies complémentaires*.

*1. L’approche pénale*

Il s’agit de *criminaliser clairement les violences domestiques et de renforcer les sanctions*.

Les instruments utilisés incluent :
– lois spécifiques contre les violences domestiques
– ⁠ordonnances d’éloignement
– ⁠arrestations obligatoires dans certains cas
– ⁠tribunaux spécialisés.

Ces mesures permettent d’améliorer la protection des victimes et d’augmenter les signalements. Toutefois, *la dissuasion pénale seule ne suffit pas si les causes sociales de la violence ne sont pas traitées.*

*2. La prévention éducative*

Les normes sociales se construisent très tôt dans l’enfance. Il est donc essentiel d’introduire *des programmes éducatifs sur la résolution des conflits, l’égalité et le respect.*

Les programmes scolaires peuvent inclure :
– éducation à la non-violence
– ⁠ateliers de prévention pour les adolescents
– ⁠sensibilisation aux relations respectueuses.

L’objectif est de *réduire la tolérance sociale à la violence et prévenir les comportements agressifs dès le plus jeune âge.*

*3. Le soutien aux victimes*

Beaucoup de victimes ne dénoncent pas les violences par peur ou par dépendance économique.

Les politiques efficaces incluent :
– lignes téléphoniques d’urgence
– ⁠refuges pour victimes
– ⁠assistance juridique gratuite
– ⁠accompagnement psychologique.

Ces dispositifs permettent *d’augmenter les signalements et d’améliorer la protection des victimes.*

*4. L’autonomisation économique*

La dépendance économique constitue un facteur majeur de vulnérabilité.

Lorsque les femmes disposent :
– d’un revenu
– ⁠d’un accès au crédit
– ⁠d’un emploi stable

la probabilité de rester dans une relation violente diminue fortement.

L’autonomie économique constitue donc un levier essentiel de protection contre les violences domestiques, même si les recherches montrent que *les transformations économiques au sein du couple peuvent parfois susciter des tensions dans les sociétés où les normes de genre restent fortement ancrées*.

*5. L’approche communautaire*

Dans de nombreuses sociétés, les violences domestiques sont *tolérées ou minimisées par l’entourage.*

Les stratégies efficaces incluent :
– campagnes publiques
– ⁠implication des chefs traditionnels
– ⁠implication des leaders religieux
– ⁠programmes de sensibilisation destinés aux hommes.

Ces initiatives contribuent à *réduire la tolérance sociale à la violence et à transformer les normes culturelles*.

*Une responsabilité collective*

Combattre les violences domestiques, c’est protéger les victimes.

Combattre les violences domestiques, c’est préserver la dignité au sein des familles.

Combattre les violences domestiques, c’est renforcer la cohésion de notre société.

Mais il faut aussi comprendre une chose : *les violences domestiques ne surgissent jamais dans le vide*. Elles s’inscrivent souvent dans un ensemble plus large d’inégalités sociales, éducatives et économiques.

C’est pourquoi les politiques publiques doivent agir sur plusieurs fronts à la fois : *éduquer, autonomiser, protéger.*

La mise en œuvre de ces politiques *relève à la fois de l’État, des collectivités territoriales, des institutions éducatives et de la société civile.*

Car une société qui investit dans l’éducation, qui renforce l’autonomie économique et qui protège les victimes crée aussi les conditions d’un climat familial plus équilibré et plus respectueux.

Car une société qui tolère la violence dans ses foyers fragilise ses propres fondations.

La protection contre la violence, l’éducation et l’autonomie économique sont les trois conditions d’une vie digne et d’une société stable.

Pour résumer la base doctrinale, une société stable repose sur des familles où la dignité est respectée, où les individus sont autonomes et où la communauté protège les plus vulnérables.

Alexandre LEKINA

Crédito: Link de origem

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