Alors que la Coupe d’Afrique des Nations 2025 bat son plein, une anxiété palpable étreint le football camerounais. Les Lions Indomptables, géants endormis du continent, qualifiés pour les 1/4 de finales contre le Maroc s’apprêtent à engager un combat qui dépasse le simple terrain. Avec cinq trophées glanés depuis 1984, le Cameroun est la deuxième nation la plus titrée de l’histoire de la compétition. Mais cet héritage, bâti par des générations de héros, est aujourd’hui en péril. La dernière victoire remonte à 2017, et une élimination prématurée en 2025. « Nous portons le maillot le plus lourd du continent », confiait récemment un ancien international. Les Lions sauront-ils retrouver la fierté d’antan et honorer le poids écrasant de leur propre légende ?
Les fondations d’un mythe : L’ère des pionniers (1984-2000)
La domination camerounaise ne s’est pas faite en un jour. Elle est le fruit d’une alchimie unique et de vagues successives de talents exceptionnels. Tout a commencé en 1984 en Côte d’Ivoire. Une bande de joueurs déterminés, menée sur le terrain par l’élégant Théophile Abega, dit « Docteur », et gardée par un Joseph-Antoine Bell intraitable, remporte le premier titre face au Nigeria. Cette victoire n’est pas qu’un succès sportif ; elle est un acte fondateur. Elle prouve au continent et au monde que le football camerounais existe. L’engouement était tel que les discussions et les pronostics animaient déjà chaque quartier, bien avant l’ère du numérique. Aujourd’hui, cette passion se vit aussi différemment, certains supporters suivant les performances et les cotes sur une plateforme en ligne dédiée aux grands rendez-vous sportifs, montrant comment le suivi du football a évolué avec son temps.
Quatre ans plus tard, en 1988 au Maroc, les Lions confirment. Face à un pays organisé, ils s’imposent 1-0 grâce à un penalty de l’imperturbable Emmanuel Kundé. Ces deux trophées posent les bases d’une culture gagnante et d’une mentalité de guerriers.
La consécration mondiale arrive deux ans plus tard, en 1990, lors de la Coupe du Monde en Italie. Menés par un Roger Milla de 38 ans, auteur de 4 buts et de ses célébrations mythiques autour du corner, les Lions deviennent la première nation africaine à atteindre les quarts de finale d’un Mondial. Cette épopée transcende le sport. Elle installe définitivement le Cameroun, ses couleurs et son esprit indomptable dans le paysage footballistique global. Milla et le gardien Thomas N’Kono (qui inspirera un jeune Gianluigi Buffon) deviennent des icônes planétaires. Cette génération a non seulement gagné des trophées, mais elle a aussi exporté une identité : un football physique, joyeux, imprévisible et toujours combatif.
L’âge d’or et la machine à gagner : L’ère Eto’o (2000-2017)
Si les années 80-90 ont bâti la légende, les années 2000 l’ont industrialisée. Une nouvelle génération, assoiffée de succès et dopée par l’exploit de ses aînés, prend les commandes. En 2000, au Nigéria, le Cameroun arrête le rouleau compresseur nigérian à domicile, triomphant en finale aux tirs au but après un match d’anthologie (2-2). Un jeune attaquant de 19 ans, Samuel Eto’o, inscrit son penalty. Deux ans plus tard, au Mali, les Lions récidivent. En finale face au Sénégal, encore aux tirs au but, Eto’o, déjà plus mûr, ouvre le score. Cette équipe, portée par Marc-Vivien Foé au milieu et Rigobert Song en défense, affiche une soif de victoire insatiable.
Le leadership passe ensuite naturellement à Samuel Eto’o. Le prodige devient le patron. Meilleur buteur de l’histoire de la CAN (18 buts), quadruple Ballon d’or africain, Eto’o incarne l’excellence et l’exigence. Sous son règne, le Cameroun atteint une autre finale en 2008, mais perd face à l’Égypte. Après une traversée du désert et plusieurs échecs, le couronnement inattendu arrive en 2017. Contre tout pronostic, une équipe en reconstruction, menée par un Benjamin Moukandjo inspiré et un Hugo Broos lucide au bord du terrain, bat l’Égypte 2-1 en finale. Ce cinquième titre, le premier sans Eto’o sur le terrain, prouve que l’usine à champions fonctionne toujours, même de façon plus artisanale.
La crise et la quête de renaissance (2018-2024)
Le titre de 2017 a masqué des failles profondes. Les années qui suivent sont difficiles : élimination au 8e de finale de la CAN 2019, décevante 3e place en 2021, et surtout une non-qualification pour le Mondial 2022. Le mythe semble s’effriter. Les causes sont multiples : une relève peinant à émerger avec la même aura, des conflits internes récurrents, et un football national en proie à des crises institutionnelles. La concurrence continentale, elle, n’a jamais été aussi féroce. Des nations comme le Sénégal, l’Algérie, le Maroc ou le Nigéria ont structuré leur football, développé leurs académies et rattrapé leur retard tactique.
Le Cameroun semble parfois figé dans la gloire du passé. Les comparisons avec les héros des années 90 et 2000 sont constantes et pèsent sur les nouvelles épaules. Pourtant, des étincelles persistent. L’organisation de la CAN 2021 (décalée en 2022) a montré la passion intacte du public. L’émergence de talents comme André-Frank Zambo Anguissa à Naples ou Karl Toko Ekambi, meilleur buteur de la CAN 2021, montre que le réservoir existe. Le défi est désormais de transformer ce potentiel individuel en une machine collective redoutable, capable de renouer avec l’état d’esprit des pionniers.
CAN 2025 : L’ultime croisade pour la légende
Pour les fans de Douala à Garoua, de Bafoussam à Maroua, la CAN est une affaire de fierté nationale. Une course au sixième titre n’est pas qu’une quête sportive ; c’est une bataille pour l’histoire, pour garder une longueur d’avance sur le Ghana et les autres prétendants, et pour redonner son sens au mot « Indomptable ». La question finale est simple : cette génération deviendra-t-elle celle de la renaissance glorieuse, ou sera-t-elle celle qui a vu la flamme s’éteindre ?
Crédito: Link de origem
