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Mali / question de droit : escroquerie et abus de confiance, l’autre crise qui secoue la société

Qu’il s’agisse de ventes fictives, de détournements de fonds, de promesses d’emploi imaginaires ou de cyber-fraudes, ces pratiques touchent désormais toutes les couches de la société et fragilisent une économie déjà éprouvée.

Un phénomène en croissance constante

Selon plusieurs sources judiciaires et officiers de police judiciaire, les affaires d’escroquerie figurent aujourd’hui parmi les plaintes les plus fréquentes. Cette hausse s’explique par une combinaison de facteurs : chômage élevé, méfiance croissante envers le système bancaire, transformation numérique rapide, et absence de culture juridique au sein de la population.

« Nous recevons chaque jour des cas d’escroquerie, parfois très sophistiqués, parfois très simples. Les victimes sont souvent des personnes vulnérables ou mal informées », confie un officier de police judiciaire stagiaire.

Des méthodes variées, mais un même objectif : tromper pour tirer profit

Au Mali, deux notions sont souvent confondues mais distinctes :

L’escroquerie consiste à obtenir un bien ou un avantage par manœuvres frauduleuses (faux documents, mensonges structurés, mises en scène).

L’abus de confiance, lui, intervient lorsqu’une personne détourne un bien ou de l’argent qui lui a été légitimement confié.

Exemples fréquents, faux projets immobiliers ou ventes de terrains en double, détournements dans les tontines et associations, arnaques liées aux transferts mobile money, intermédiaires fictifs promettant des visas, bourses ou recrutements, escroqueries en ligne via Facebook, WhatsApp ou TikTok.

Des conséquences économiques et sociales lourdes

Ces pratiques entraînent une perte de confiance généralisée au sein de la société. Beaucoup hésitent désormais à investir, prêter de l’argent ou même collaborer sur des projets communautaires.

« Quand une tontine s’effondre parce que la promotrice est partie avec l’argent, ce n’est pas seulement l’argent perdu. C’est la cohésion du groupe qui se brise », explique un sociologue de Bamako. Le secteur privé aussi souffre, entrepreneurs, commerçants et PME sont régulièrement victimes de partenaires indélicats, ce qui ralentit considérablement leurs activités.

Un cadre juridique clair, mais peu appliqué

Le Code pénal malien sanctionne sévèrement l’escroquerie et l’abus de confiance.

L’escroquerie peut entraîner jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et de lourdes amendes.

L’abus de confiance est passible de peines similaires, selon la gravité du préjudice.

Cependant, certains juristes estiment que l’impunité et les règlements à l’amiable informel réduisent l’effet dissuasif de la loi.

La montée des cyber-arnaques, un nouveau défi

Avec l’usage du smartphone et du mobile money, les escrocs innovent. Faux comptes, usurpation d’identité, loteries fictives, chantages… Les cyber-fraudeurs ciblent surtout les jeunes et les commerçants. Les forces de l’ordre reconnaissent manquer de moyens techniques pour suivre ces réseaux souvent très mobiles et parfois basés à l’étranger.

Des initiatives émergent, campagnes de sensibilisation, cellules de lutte contre la cybercriminalité, programmes éducatifs sur l’usage sécurisé du numérique. Mais pour beaucoup d’observateurs, seule une coordination nationale, associant autorités, opérateurs téléphoniques, banques et société civile, permettra de freiner durablement ce phénomène.

En somme, l’escroquerie et l’abus de confiance, longtemps considérés comme des délits marginaux, sont devenus un problème de société au Mali. La lutte est complexe mais indispensable pour restaurer la confiance, protéger les citoyens et soutenir le développement économique du pays.

                                                                                                                         

  Mohamed SOGODOGO.

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