Plus de 500 milliards de déficit laissés derrière : c’est l’un des chiffres les plus choquants révélés dans la nouvelle tribune de Me Christian Ntimbane Bomo sur la prétendue nationalisation d’ENEO. L’avocat soutient que la communication officielle autour de l’opération serait un “grand mensonge d’État”. Selon lui, le Cameroun ne reprend pas une entreprise privatisée, mais récupère simplement une concession arrivée à expiration, après vingt-cinq ans de spéculation menée par des fonds de pension étrangers. « On trompe encore le peuple, ça fatigue même », lâche un habitant de Yaoundé.
Alors, que cache réellement cette “nationalisation” ?
Dans sa longue analyse, Me Christian Ntimbane Bomo affirme que la nationalisation d’ENEO présentée comme un acte historique serait en réalité un habillage politique.
Pour lui, aucun rachat d’actions n’a eu lieu. Il s’agirait plutôt de la fin d’une concession signée en 2001, lorsque la SONEL — encore société d’État à l’époque — avait été mise en location au profit d’AES Sirocco, derrière lequel se cachait un fonds de pension américain.
L’avocat souligne que ce montage avait été soutenu par des responsables “prêts à vendre le Cameroun pour des intérêts inavoués”.
Il rappelle que la SONEL gérait toute la chaîne : barrages, centrales thermiques, transport et distribution. La concession aurait permis à AES, puis plus tard à ACTIS, de transformer la gestion du secteur énergétique camerounais en simple actif spéculatif.
Selon lui : « Ce n’est pas une nationalisation. C’est juste la fin d’un contrat foireux qui nous a appauvris pendant 25 ans. »
Un système de spéculation dénoncé : fonds de pension, Actis et héritage SONEL
Cameroun nationalisation ENEO : les zones d’ombre mises en lumière
Me Ntimbane explique que les fonds de pension, tout comme la CNPS, utilisent les cotisations pour acheter des actions et obligations destinées à la spéculation financière.
En contrôlant la concession de la SONEL via des sociétés écrans, AES puis ACTIS auraient bénéficié d’un actif qui valorisait leurs états financiers, sans véritablement investir dans le développement du secteur électrique au Cameroun.
Conséquence directe :
- aucun barrage construit par les concessionnaires ;
- aucune grande ligne de transport modernisée ;
- une dépendance accrue à des infrastructures vieillissantes ;
- et au final, des délestages interminables, vécus par “le petit peuple qui subit toujours”, comme le souligne l’avocat.
Lorsque l’affaire n’était plus rentable ni avantageuse en Bourse, ACTIS se serait simplement retiré, abandonnerait plus de 500 milliards FCFA de déficit, et laisserait au pays un secteur à reconstruire.
« On a été roulés proprement », déplore un fonctionnaire de Douala.
Et maintenant ? Appels à une enquête parlementaire
L’avocat demande une enquête parlementaire pour établir les responsabilités historiques dans la destruction progressive de la SONEL.
Il estime que les privatisations déguisées ont enrichi quelques acteurs et appauvri la nation.
Plusieurs économistes interrogés à Yaoundé partagent ce point de vue : « Si tout était clair, on n’aurait pas autant de zones d’ombre dans cette affaire. »
Les prochains mois seront décisifs :
✔ qui gérera l’électricité ?
✔ quelle stratégie pour la production et le transport ?
✔ comment combler le trou financier hérité d’ACTIS ?
Pour de nombreux Camerounais, “il faut que la lumière soit faite, une bonne fois”.
L’affaire ENEO révèle bien plus qu’une simple transition de gestion : elle expose des décennies de choix opaques, de spéculation et de pertes pour le Cameroun. La sortie d’ACTIS ne clôt rien ; elle ouvre plutôt un vaste chantier politique, économique et moral.
Le gouvernement assumera-t-il la transparence exigée par l’opinion ?
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