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Or artisanal Cameroun ► le Ghana montre ce que nous perdons

5 000 milliards de FCFA. C’est le montant des recettes générées par l’exportation de l’or artisanal du Ghana en 2025, selon les chiffres publiés par le média économique Ecofin. Pendant que le pays ouest-africain encaisse, structure et trace sa production aurifère, des tonnes d’or camerounais continuent de quitter le territoire sans passer par les caisses de l’État, notamment vers les Émirats arabes unis. Le contraste est saisissant, presque brutal. « Quand on voit ces chiffres, ça fait mal », souffle un acteur du secteur minier à Yaoundé. Comment expliquer qu’un tel potentiel se transforme en manque à gagner colossal pour le Cameroun ?

Or camerounais : des chiffres qui donnent le vertige

Le Ghana n’a pas découvert l’or hier. Mais en 2025, le pays a franchi un cap décisif grâce à une politique assumée de centralisation de l’achat et de l’exportation de l’or artisanal, pilotée par sa société nationale GoldBod, l’équivalent de la SONAMINES au Cameroun. Résultat : 10 milliards de dollars US de recettes, soit près de 85 % du budget annuel camerounais.

À l’inverse, le Cameroun peine à capter la valeur de son propre sous-sol. Selon des rapports internationaux, 30 tonnes d’or camerounais auraient été vendues clandestinement aux Émirats arabes unis en 2017, pour une valeur estimée à 700 milliards FCFA, alors que seuls 10 kilogrammes apparaissaient dans les statistiques officielles. Un écart révélé par Interpol, sans qu’une enquête interne d’envergure ne soit rendue publique.

Le phénomène ne s’est pas arrêté là. En 2023, l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives) a indiqué que 15 tonnes d’or camerounais avaient été retracées aux Émirats, pendant que l’État n’en déclarait officiellement que 22 kg. Et ces chiffres ne concernent qu’un seul marché de destination.

Un patrimoine non renouvelable qui disparaît

Les régions de l’Est, de l’Adamaoua et du Sud concentrent l’essentiel de l’or artisanal camerounais. Un or qui ne se cultive pas, ne repousse pas, et dont chaque tonne extraite sans contrôle représente une perte définitive pour les générations futures.

Des économistes estiment qu’une exploitation rigoureuse et centralisée pourrait permettre au Cameroun de porter ses recettes budgétaires minières à plus de 20 000 milliards FCFA par an. Une manne capable de transformer durablement les finances publiques, de réduire le recours à l’endettement extérieur et de renforcer la souveraineté économique du pays.

« L’or et le diamant, c’est de l’argent dans le sous-sol », résume un analyste basé à Yaoundé. Aujourd’hui, cet argent alimente surtout des circuits parallèles, loin du budget de l’État et des besoins sociaux.

Le modèle ghanéen, une leçon à méditer

Le Ghana a fait un choix stratégique clair : donner le monopole d’achat et d’exportation de l’or à une structure publique. Ce mécanisme permet une traçabilité complète, une captation directe des devises et une lutte efficace contre la fraude.

De plus en plus de voix suggèrent que le Cameroun pourrait s’inspirer de cette approche, en confiant pleinement ce rôle à la SONAMINES ou au ministère des Finances. L’objectif serait simple : faire en sorte que l’argent issu de l’or camerounais entre directement dans les caisses de l’État, au lieu de financer des marchés opaques à l’étranger.

Le Ghana a prouvé qu’une autre voie est possible. Pendant ce temps, le Cameroun continue de perdre son or dans l’ombre. La question n’est plus de savoir si le pays a de l’or, mais s’il aura enfin le courage politique de le garder pour lui.

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