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Péages automatiques Tollcam ► 7 gares à l’arrêt

Depuis 2019, l’État a confié à Tollcam la construction de 14 péages automatiques sur les principaux axes routiers du Cameroun… et, six ans plus tard, seuls 7 sont sortis de terre, sans qu’un seul franc de péage n’ait encore été encaissé. Un PPP de 42 milliards de F mobilisés par le partenaire privé, un contentieux désormais devant la Cour internationale d’arbitrage de Paris, et une indemnité de 30 milliards de F que l’État s’apprête à payer font grincer des dents. Comment en est-on arrivé à ces “gares fantômes” qui choquent l’opinion, alors que les automobilistes continuent de rouler sur des axes saturés et parfois dégradés ?

Un PPP de 42 milliards qui tourne au bras de fer

Par un communiqué du 24 avril 2019, la Primature a désigné le groupement Tollcam (Fayat + Egis) adjudicataire d’un contrat de partenariat pour la conception, le financement, la construction, l’équipement, l’exploitation et la maintenance de 14 postes de péage automatiques. Le PPP, d’une durée de 20 ans, devait moderniser la collecte des droits de péage et réduire une fraude estimée entre 40 et 50 % des recettes sur le réseau bitumé national.

Selon le ministère des Travaux publics, Tollcam a mobilisé environ 42 milliards de F auprès de banques commerciales, avec un closing financier obtenu en juin 2022 grâce à l’appui de GuarantCo. Les travaux ont démarré fin 2022 sur sept sites prioritaires : Nsimalen, Nkometou, Mbankomo, Boumnyebel, Edéa, Tiko et Mbanga.

Sur le papier, les projections étaient “alléchantes” : 632,6 milliards de F de recettes cumulées attendues à l’horizon 2041, dont 471 milliards pour le Trésor public et 195 milliards de loyers pour Tollcam, pour un tarif maintenu à 500 F par passage. « Ce projet devait être une vitrine de la modernisation de nos routes. Aujourd’hui, c’est plutôt devenu un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire », souffle un économiste basé à Yaoundé.

Sept péages construits, zéro en service : incompréhension sur le terrain

En janvier 2024, les réserves techniques sur les sept premiers postes sont levées, ouvrant la voie à une mise en service progressive annoncée depuis… septembre 2023. Pourtant, à Nsimalen comme à Boumnyebel, les automobilistes ne voient que des ouvrages flambant neufs, éclairés la nuit, mais totalement fermés.

Entre-temps, le gouvernement a décidé, en février 2024, de suspendre le PPP avec Tollcam pour le transformer en marché public, retirant au partenaire privé l’exploitation et la maintenance des 14 postes. Tollcam a saisi la Cour internationale d’arbitrage de Paris et réclame environ 30 milliards de F de compensation, après avoir déjà investi près de 42 milliards de F.

Dans plusieurs médias et sur les réseaux sociaux, l’affaire est décrite comme le « scandale des 7 péages fantômes » : sept gares entièrement construites, jamais mises en service, alors que l’État s’engage désormais à indemniser l’opérateur et à reprendre à son compte la suite du chantier. On ne mange pas ça avec le rire : près de 200 employés liés au projet ont déjà été licenciés après la suspension du contrat, selon Egis Road.

Pour le grand public, la question reste simple : pourquoi payer 30 milliards de F pour des péages automatiques Tollcam qui ne fonctionnent pas, alors que les besoins en routes praticables, en écoles ou en hôpitaux restent criards, du Littoral à l’Ouest ?

Quelles leçons pour la gouvernance des grands projets ?

Au-delà du bras de fer juridique, l’affaire des péages automatiques Tollcam met à nu les faiblesses de la préparation et du suivi des partenariats public–privé au Cameroun : études préalables, partage des risques, transparence des clauses et communication vers les citoyens. « Quand un projet aussi stratégique capote de cette façon, tout le pays perd : l’État, l’investisseur, mais surtout l’usager », résume un avocat d’affaires à Douala.

Alors que le gouvernement annonce vouloir rembourser environ 30 milliards de F et reprendre la main sur les ouvrages, beaucoup espèrent que les 7 gares déjà construites seront enfin mises en service, avant la poursuite des 7 autres prévues à Bandja, Foumbot, Bafia ou Matazem. Faudra-t-il encore attendre des années avant que ces péages cessent d’être des monuments silencieux au bord de la route ?

En six ans, le projet de péages automatiques Tollcam est passé du statut de symbole de modernité à celui de dossier explosif, entre gares à l’arrêt, licenciements et indemnité colossale à payer par l’État. Pour de nombreux usagers, ce feuilleton laisse un goût amer, comme si la modernisation annoncée leur avait filé entre les doigts. La vraie question maintenant est simple : qui assumera vraiment les responsabilités, et quand les Camerounais verront-ils enfin ces péages fonctionner ?

Crédito: Link de origem

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