Depuis plus de 60 ans, le Cameroun adopte une ligne diplomatique prudente face aux grands conflits internationaux. Cette posture, souvent perçue comme une neutralité, découle en réalité d’une orientation stratégique : le non-alignement. Dès 1964, le pays rejoint officiellement le Mouvement des non-alignés afin de préserver son indépendance diplomatique. Cette tradition explique pourquoi Yaoundé évite encore aujourd’hui les prises de position directes dans les crises mondiales. Mais cette stratégie reste-t-elle efficace dans un monde de plus en plus polarisé ?
Une tradition diplomatique héritée de 1964
La politique de non-alignement du Cameroun remonte aux premières années suivant l’indépendance. En 1964, sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo, le pays adhère au Mouvement des non-alignés, une organisation créée pour permettre aux États de ne pas se ranger derrière les blocs dominants de la Guerre froide.
Cette doctrine reposait sur trois principes : souveraineté des États, non-ingérence et résolution pacifique des conflits. Pour Yaoundé, il s’agissait avant tout de préserver la liberté diplomatique du pays tout en maintenant des relations avec différents partenaires, qu’ils soient occidentaux, africains ou issus du monde socialiste.
Cette orientation diplomatique a permis au Cameroun de conserver un équilibre dans ses relations internationales, tout en évitant de s’impliquer publiquement dans les rivalités entre grandes puissances.
Une ligne maintenue sous Paul Biya
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Paul Biya en 1982, la diplomatie camerounaise s’inscrit dans la continuité de cette stratégie. Le pays participe régulièrement aux rencontres du Mouvement des non-alignés et soutient généralement les positions collectives du groupe dans les forums internationaux, notamment à l’ONU.
En octobre 2021, une délégation camerounaise conduite par le ministre des Relations extérieures Lejeune Mbella Mbella a ainsi pris part à une réunion de haut niveau à Belgrade, en Serbie, organisée pour marquer les 60 ans du Mouvement des non-alignés.
Aujourd’hui encore, cette politique permet au Cameroun de préserver des relations avec des partenaires variés comme la Chine, la Russie, l’Union européenne ou les États-Unis, tout en évitant des alignements diplomatiques trop marqués.
Plus de six décennies après son adhésion au Mouvement des non-alignés, le Cameroun continue de privilégier la prudence et l’équilibre diplomatique. Dans un contexte mondial marqué par de nouvelles rivalités, cette stratégie restera-t-elle un avantage pour Yaoundé ?
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