78 milliards… puis 280 milliards… puis encore 120 milliards par an. Les chiffres donnent le vertige, et pourtant ils viennent d’être révélés par l’expert financier international Eugène Nyambal. Selon lui, le rachat d’ENEO par l’État camerounais cacherait un coût réel bien plus lourd que celui annoncé officiellement. « Ce n’est pas du jeu, on parle d’un gouffre financier », lance un cadre du secteur énergétique à Yaoundé, visiblement abasourdi. Entre dettes, mauvaises décisions et contrats déséquilibrés, les contribuables risquent de porter un fardeau énorme pendant des décennies.
Le Cameroun a-t-il payé le prix fort pour une entreprise déjà insolvable ?
Un rachat officiellement estimé à 78 milliards… mais bien plus coûteux
Pour l’État, ENEO a été racheté à hauteur de 78 milliards FCFA. Une somme déjà conséquente, mais très loin de refléter la réalité financière du dossier, selon Eugène Nyambal.
L’expert explique que deux charges majeures n’ont pas été intégrées dans la communication officielle :
- 280 milliards FCFA de maintenance non effectuée sur les barrages de Song Loulou et Lagdo, pourtant exigée dans le cahier des charges.
- Et surtout une dette additionnelle annuelle de 120 milliards FCFA liée au barrage de Nachtigal.
« On a racheté une entreprise déficitaire, et on hérite de ses bombes financières », souffle un économiste basé à Douala.
Le piège Nachtigal : un PPP qui tourne au cauchemar
Rachat d’ENEO et dette Nachtigal : le duo qui inquiète
Le partenariat-public-privé signé pour le barrage de Nachtigal (420 MW) impose que ENEO verse 10 milliards FCFA par mois au consortium EDF, que l’électricité soit consommée ou non.
Avec ENEO désormais propriété de l’État, ce sont les contribuables qui assument cette obligation.
Selon Nyambal, deux problèmes majeurs faussent totalement le PPP :
- ENEO était déjà insolvable, plombée par plus de 500 milliards FCFA de dettes.
- La SONATREL n’a pas pu construire la majorité des lignes de transport, empêchant Nachtigal d’être pleinement opérationnel.
Conséquence :
« Au lieu de transférer le risque au concessionnaire — principe même d’un PPP — l’État l’a repris à sa charge. C’est un non-sens financier », dénonce l’expert.
Comparaison humiliante : l’Éthiopie produit 11 fois plus pour 4 fois le prix
Eugène Nyambal évoque un parallèle édifiant :
- Nachtigal : 420 MW — coût 800 milliards FCFA — dette 120 milliards/an
- Barrage de la Renaissance (Éthiopie) : 5 000 MW — coût 4 800 milliards FCFA — revenus 600 milliards/an
Autrement dit :
« Le barrage éthiopien coûte quatre fois plus, mais produit onze fois plus d’énergie… et rapporte de l’argent. »
Selon l’expert, le Cameroun aurait économisé des milliards en réhabilitant les turbines de Song Loulou (efficaces à seulement 50 %) et le barrage de Lagdo, plutôt que de s’engager dans un PPP déséquilibré.
Un acte politique utile… mais un prix colossal pour les Camerounais
Nyambal reconnaît un aspect positif :
« Racheter ENEO était nécessaire pour stabiliser le secteur. »
Mais il insiste :
« Le coût réel pour les contribuables camerounais est exorbitant. »
Dans un contexte où les coupures électriques rythment la vie des ménages, où les entreprises souffrent des délestages répétés, et où les infrastructures peinent à suivre la croissance démographique, cette révélation met une pression supplémentaire sur les autorités.
Le rachat d’ENEO apparaît désormais comme l’un des plus grands défis financiers de l’État camerounais, avec des implications étalées sur plusieurs décennies. Entre dettes héritées, PPP mal négocié et infrastructures négligées, la facture pourrait être bien plus lourde qu’annoncée.
Le gouvernement réussira-t-il à transformer ce gouffre potentiel en véritable opportunité de relance énergétique ?
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