Rêves d’enfants dans le Sourou et les Bankui – BurkinaInfo – Toute l’information du Burkina Faso en temps réel
En 2025, plus de 600 écoles ont rouvert leurs portes sous la protection des Forces Combattantes. Du Sourou aux Bankui, l’anglais et les langues nationales s’invitent désormais au tableau noir. Trois jours au cœur d’une résilience qui refuse de céder un pouce de savoir à l’obscurantisme.
Mardi 10 février 2026. Il est 12h. Le soleil est au zénith, mais sous l’arbre à palabres, l’ambiance est à la sérénité. Les élèves, libérés des cours du matin, rejoignent leurs parents. D’un côté les femmes, de l’autre les hommes. Entre innocence et murmures curieux, les enfants accueillent les visiteurs du jour.
Ici, la joie de vivre « chez soi » se célèbre au rythme des tambours. Pour ces élèves, le chemin a été long. Après avoir été déguerpis, ils ont passé deux années à Tougan. Aujourd’hui, les salles de classe ont retrouvé leurs occupants. N.H., élève en classe de CE2, se souvient de leur déguerpissement, mais préfère savourer le présent. « Les cours se passent bien. On est contents de reprendre. On n’a plus peur », confie-t-il tout heureux.

F.D., le directeur, souligne une accalmie salvatrice. « La sécurité s’améliore. Nous faisons de notre mieux pour inculquer le savoir aux petits enfants », déclare-t-il.
La reforme au bout de la craie
De l’autre côté de la voie bitumée, une seconde école pallie le manque d’infrastructures en accueillant les élèves de CM2 de la zone. En franchissant le seuil d’une classe, une surprise attend le visiteur, à cette heure de la mi-journée. Ce n’est pas du français que l’on entend, mais un accueil chaleureux dans la langue de Shakespeare. « Good evening Mrs ! How are you ? » « I’m fine and you ?», répondons-nous.
D.A., en CM2, ne cache pas son enthousiasme après quatre ans d’exil et remercie les FDS et VDP qui leur ont permis, par leurs actions, de rejoindre les salles de classe de leur localité. Pour lui, la réforme est une chance. « Je suis heureux de l’introduction des langues nationales. Notre langue nous fait du bien, elle nous permet d’apprendre plus facilement. », se réjouit-il.

Sous le soleil de l’après-midi, la résilience prend une forme patriotique. Les élèves entonnent le Ditanyé en langue Dioula. Un moment suspendu qui prouve que l’école est redevenue un pilier de l’identité nationale.
« Cela fait maintenant deux ans que nous sommes installés. Petit à petit, nous surmontons les épreuves. Les enfants apprennent leurs leçons comme il se doit, car ils sont désormais entourés de leurs familles », affirme J.S, le directeur. Il précise que son établissement compte 386 élèves, incluant les effectifs de CM2 de l’école voisine.

Outre cette localité, une autre située à une vingtaine de kilomètres de Dédougou, dans la région des Bankui, fait face à un défi de taille.

Il est 12h ce 11 février 2026, dans cette école primaire qui accueille des centaines d’enfants. Les élèves se pressent pour rejoindre leurs familles. En dépit des effectifs pléthoriques et des difficultés d’accès à l’eau, l’école vit. Cet établissement assure tant bien que mal la continuité des cours.
« Nous sommes installés depuis l’année dernière. Aujourd’hui, nous rendons grâce à Dieu, car la présence des élèves nous donne vraiment le courage de travailler. Ce qui nous soutient aussi, c’est l’accompagnement de l’État à travers l’approvisionnement en vivres. Comme les parents sont revenus sans rien, ces repas nous permettent de maintenir beaucoup d’enfants à l’école », informe Z. A, directeur de l’école.

Malgré deux « années blanches » subies, l’heure est au rattrapage. S.O., premier de sa classe aux examens blancs, se sent prêt pour le CEP. « J’ai manqué l’école à cause de la pauvreté et de la crise, mais je me suis battu. Je suis prêt pour l’examen de fin d’année. », raconte-t-il.
« J’ai grandi ici et je veux étudier ici »
Le constat est similaire dans les lycées, à 50 km de Dédougou, le 12 février 2026. Les lycéens et leur proviseur gardent encore en mémoire les stigmates des attaques passées. Si les deux années d’interruption ont pesé sur le niveau scolaire, la discipline et la détermination des 216 élèves forcent l’admiration du corps enseignant.
L’établissement peut compter sur des enseignants qualifiés qui se donnent corps et âme pour relever le niveau. « Le moral est haut parce que nos élèves sont disciplinés et résilients. Ils ont vécu le drame, mais ils ont eu le courage de revenir pour reprendre les études. C’est à féliciter », précise le directeur par intérim, Y.G.

La résilience. C’est le maître-mot. En plein cours d’anglais, nous échangeons quelques mots avec les élèves. C’est O.M., future avocate, qui se prête au jeu la première. « Je suis très contente de continuer mes études ici. C’est mon village, j’y ai grandi. J’aimerais y rester pour étudier avant de partir plus tard. Au début de l’année, on avait peur, mais tout se passe bien et les professeurs expliquent bien », explique-t-elle.
Au-delà de cette force de caractère, ces lycéens ont déjà une vision claire de leur avenir. O.M. veut devenir avocate pour prêter sa voix aux plus fragiles. « À la fin de mes études, j’aimerais défendre les victimes et prouver leur innocence », confie-t-elle.

À ses côtés, T.F., marqué par les épreuves de la crise, voit son avenir sous le drapeau. « J’aimerais devenir militaire pour défendre ma patrie avec détermination et honneur », affirme-t-il avec conviction.
Avant notre départ, notre future avocate nous interroge avec curiosité sur les motivations de notre visite. Notre réponse tient en une phrase : témoigner que là où l’obscurantisme a voulu éteindre les lumières, l’école burkinabè brille aujourd’hui plus fort que jamais.
Alice Suglimani THIOMBIANO
Faso7
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