Cinq jours après sa visite au siège de la Commission de la Cédéao à Abuja, le Représentant spécial de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, Mamadou Tangara, était reçu ce mardi 10 mars à Freetown par le président sierra-léonais Julius Maada Bio, président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cédéao.

« J’ai réaffirmé mon engagement indéfectible en faveur d’un dialogue constructif sur les questions de sécurité au Sahel », a déclaré le chef de l’État sierra-léonais à l’issue de l’entretien, qualifié de « productif ».
La rencontre confirme l’intensification de la navette diplomatique du chef de la MISAHEL, qui multiplie les contacts au plus haut niveau pour préserver les mécanismes de coopération entre l’Union africaine, la Cédéao et les États membres de la Confédération des États du Sahel (AES).

Une séquence diplomatique en trois actes

La réunion de Freetown est la troisième étape d’une tournée diplomatique significative. Vendredi 6 mars, Mamadou Tangara avait été reçu à Abuja par le président de la Commission de la Cédéao, Omar Alieu Touray, au siège de l’organisation à Asokoro. Les discussions avaient porté sur le renforcement de la coordination institutionnelle entre l’UA et la Cédéao face aux défis sécuritaires et politiques dans le Sahel, notamment en matière de prévention des conflits et de consolidation de la paix.

Cette visite à la Commission faisait elle-même suite à une mission de prise de contact à Bamako fin janvier, où Tangara avait été reçu au palais de Koulouba par le président de la transition malienne, le général Assimi Goïta, en présence du ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop. Les échanges avaient alors porté sur les priorités de la MISAHEL et sur les initiatives de l’UA pour maintenir ouverts les canaux de dialogue avec les États sahéliens, suspendus des instances décisionnelles de l’organisation continentale depuis les transitions politiques de 2020–2021.

Un dialogue sous tension mais maintenu

Ces contacts s’inscrivent dans un contexte de recomposition profonde des relations entre la Cédéao et le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont officiellement quitté l’organisation sous-régionale en janvier 2025 après avoir formé la Confédération des États du Sahel. Malgré ce retrait politique, les trois pays ont réaffirmé leur volonté de poursuivre des discussions « de bonne foi » avec la Cédéao, tout en maintenant leur participation à certaines structures techniques de l’organisation.

La 68e Conférence des chefs d’État de la Cédéao a ainsi admis les trois pays comme membres non régionaux du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), tandis que leur participation à la Banque d’investissement et de développement de la Cédéao (BIDC) a été préservée sous un statut de « pays non régionaux », afin d’assurer la continuité des projets de développement en cours.

Dans ce paysage institutionnel reconfiguré, la multiplication des contacts entre la MISAHEL, la Commission de la Cédéao et les chefs d’État de la région illustre la volonté de l’Union africaine de s’imposer comme cadre de concertation de dernier recours, alors que les impératifs sécuritaires et économiques continuent d’imposer une coopération transfrontalière dans l’espace ouest-africain.

AC/Sf/APA

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