Plus de 1,8 million de vues en quelques jours : la vidéo tournée à Dibombari a mis le feu aux poudres et réveillé les rancœurs autour de Socapalm. On y voit une femme en pleurs, affirmant avoir été agressée par des membres d’un comité villageois. Le récit, relayé massivement, a fait monter la tension au point d’accuser l’entreprise d’actes graves sans preuve formelle. Une enquête de terrain menée début novembre révèle pourtant une réalité beaucoup plus nuancée.
Mais alors, entre émotion brute, accusations croisées et démentis officiels, qui dit vrai dans cette affaire qui divise les communautés ?
Scandale Socapalm : la vidéo virale qui a embrasé Dibombari
La séquence de 18 minutes, filmée par la Synergie Nationale des Paysans, montre une femme identifiée comme Angèle Sopp Eppo Dipouna, accusant un comité villageois (Cvv) de violences.
Avec son ton brisé, son récit a profondément ému.
« Ils m’ont humiliée, ils ont brisé ma dignité », affirmait-elle, déclenchant une vague de colère sur les réseaux sociaux.
Pourtant, dès le 7 novembre, une équipe d’enquête s’est rendue à Dibombari pour confronter la version virale aux témoignages locaux : chefs de quartier, responsables communautaires, femmes riveraines, anciens travailleurs et même brigades villageoises.
Si les tensions existent, aucune preuve directe n’a confirmé la mise en cause initiale de Socapalm.
Scandale Socapalm Cameroun : accusations graves, preuves fragiles
Selon les membres du Cvv, la femme aurait été interpellée pour un litige foncier interne au village, sans rapport avec l’entreprise.
« Elle n’a jamais été agressée par nous. On l’a juste empêchée d’entrer sur une parcelle disputée », explique un responsable local.
Dans plusieurs localités voisines, les habitants reconnaissent aussi les difficultés sociales, mais rejettent l’idée d’un climat d’abus systématiques.
À Mbonjo 2, le chef de bloc témoigne :
« On ne peut pas dire que tout va bien, mais on ne peut pas non plus inventer ce qui n’a pas eu lieu. »
Les divergences s’expliquent en partie par l’historique tendu entre certaines communautés et les comités villageois, souvent perçus comme autoritaires.
Cameroun tensions sociales : instrumentalisation ou cri d’alerte ?
Plusieurs responsables locaux dénoncent une forme d’instrumentalisation :
« Les vidéos montées hors contexte peuvent enflammer une région en une heure. Et après, qui répare ? »
L’enquête note aussi que l’affaire intervient dans un climat où la méfiance, les frustrations économiques et l’absence de mécanismes de dialogue renforcent les malentendus.
À l’inverse, des organisations paysannes affirment que la vidéo révèle un mal-être réel des riverains face à la pression foncière, aux conflits de succession et à l’accès difficile aux terres.
La vérité semble donc moins tranchée que ne le laisse croire la séquence virale.
Enquête à Dibombari : ce que disent les faits établis
Les équipes de terrain ont constaté que :
– aucun enregistrement médical ne confirme une agression physique ;
– les témoins présents ce jour-là donnent des versions divergentes, mais aucune ne prouve un acte organisé de la Socapalm ;
– plusieurs victimes potentielles n’ont jamais porté plainte officielle ;
– les comités villageois reconnaissent toutefois un excès de zèle ponctuel dans la gestion des litiges.
M. Valentin Epon, responsable local des opérations sociales, résume :
« On doit faire attention à ne pas transformer un conflit de voisinage en accusation généralisée. »
L’affaire d’Angèle Sopp Eppo révèle autant une tension sociale sous-jacente qu’un profond déficit de confiance entre communautés, comités locaux et acteurs économiques.
Dans ce mélange d’émotions, de récits contradictoires et de vidéos virales, une question persiste : comment reconstruire un cadre de dialogue crédible avant que la prochaine étincelle n’enflamme encore la région ?
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