En moins de 48 heures, une vidéo virale accusant la Sodecoton d’avoir transformé certains entrepôts en « chambres de torture » a cumulé des milliers de partages, alimentant un climat brûlant dans le Grand Nord. Face au tollé, la société a réagi avec une indignation rare, dénonçant des « accusations fausses, infondées et malveillantes ». « Ce n’est pas du jeu, on salit une entreprise qui nourrit des millions de Camerounais », souffle un employé, encore secoué. Que cache réellement cette affaire qui secoue Garoua au lendemain d’une présidentielle contestée ? Et surtout, qui a intérêt à enflammer davantage une région déjà sous tension ?
Une accusation incendiaire dans un climat post-électoral explosif
La Sodecoton n’a pas mâché ses mots. Dans un communiqué publié le 12 novembre, elle rejette avec fermeté les allégations présentant des entrepôts comme des lieux de détention. L’entreprise précise qu’elle ne possède aucun wagon ni équipement pouvant servir à autre chose qu’au transport du coton.
« Il est absurde d’imaginer que notre matériel, strictement dédié à la production, puisse être détourné de sa finalité », ajoute la direction.
Un démenti qui intervient alors que Garoua reste l’un des épicentres des tensions post-électorales. Des manifestations ont éclaté après l’annonce de la victoire de Paul Biya (53,66 % des suffrages) face à Issa Tchiroma Bakary.
En coulisses, certains y voient une opération de manipulation numérique destinée à fragiliser l’entreprise, déjà confrontée à une flambée de rumeurs en ligne.
Pourquoi la Sodecoton est-elle ciblée ?
Sodecoton accusée : intox, confusion ou stratégie politique ?
Selon plusieurs acteurs locaux, la vidéo proviendrait d’un montage circulant dans des groupes WhatsApp politisés.
« On veut créer le chaos dans le Nord, on joue avec les nerfs des populations », affirme un notable de Garoua.
Des habitants affirment n’avoir jamais assisté à des scènes de détention et dénoncent une instrumentalisation dangereuse.
L’entreprise est un poids lourd économique du Cameroun :
- plus de 5200 employés directs,
- environ 3 millions de personnes touchées indirectement,
- un investissement annuel estimé à 70 milliards Fcfa dans l’économie locale,
- près de 9000 km de routes rurales entretenues.
« Pourquoi détruire ce qui fait vivre nos familles ? », demande une commerçante de Roumdé Adjia, l’air visiblement inquiet.
Dans un contexte de contestation politique, certains analystes estiment que la Sodecoton est devenue une cible symbolique, tant son influence pèse sur l’équilibre économique du Grand Nord.
Entre rumeurs, méfiance et bataille d’image
La Sodecoton rappelle que son personnel n’a « jamais reçu la moindre plainte liée à des actes de séquestration ».
Au contraire, plusieurs communes reconnaissent l’appui logistique de l’entreprise lors des crises agricoles.
Mais cette affaire laisse une trace : elle révèle la fragilité d’une région où rumeurs et tensions ethno-politiques s’entremêlent facilement.
Des experts en sécurité numérique préviennent :
« Une simple vidéo peut mettre le feu si les plaies sont encore ouvertes ».
Ce constat renforce les craintes d’une instrumentalisation massive de contenus trompeurs destinés à alimenter la colère populaire.
Face à ces dérives, certains appellent à un dialogue sincère entre autorités, entreprises et populations afin d’éviter une escalade incontrôlable.
Entre désinformation, frustrations politiques et fragilité sociale, l’affaire Sodecoton montre combien une simple rumeur peut mettre à mal un géant économique et déstabiliser toute une région.
La société sort affaiblie mais déterminée à défendre son image.
Reste une question essentielle : le Grand Nord pourra-t-il retrouver la confiance dans un climat aussi inflammable ?
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