Souveraineté minière : l’État malien prend le contrôle de la production d’explosifs civils avec FARATCHI-CO-SA
Le gouvernement a récemment acté l’entrée de l’État au capital de la Société industrielle du Centre du Mali FARATCHI-CO-SA, spécialisée dans la production d’explosifs à usage civil. La décision, adoptée en conseil des ministres, prévoit une participation publique de 51%, aux côtés du partenaire industriel chinois Auxin.
La filiale malienne, FARATCHI-CO SA, annoncée pour la première fois en 2024, produira des explosifs à usage civil pour les opérations d’or, de lithium et de carrières au Mali, selon un communiqué lu à la télévision nationale vendredi soir.
Cette prise de participation majoritaire vise à « renforcer la gestion des explosifs à usage civil, promouvoir le développement d’une industrie locale, améliorer la supervision et garantir la sécurité », selon le texte. Car, jusqu’à présent, le Mali dépendait largement des importations pour l’approvisionnement de ces produits classés sensibles.
Au-delà de l’annonce institutionnelle, plusieurs paramètres techniques détermineront l’efficacité réelle de ce dispositif. Les autorités n’ont pas encore communiqué sur la capacité annuelle de production envisagée, le calendrier opérationnel de l’unité industrielle, ni sur les mécanismes précis de stockage, de sécurité et de contrôle des flux. La question de la traçabilité des explosifs, enjeu central dans un contexte sécuritaire sensible, reste également à documenter, tout comme les modalités de séparation entre le rôle de l’État régulateur et celui d’actionnaire majoritaire.
Selon les données commerciales disponibles, les importations maliennes liées aux explosifs et articles pyrotechniques avaient atteint environ 5,2 millions de dollars au deuxième trimestre 2023, dans un contexte marqué par un renforcement progressif des contrôles administratifs. La création d’une unité de production locale vise à améliorer la traçabilité des flux, à renforcer la surveillance de la chaîne d’approvisionnement et à réduire la dépendance extérieure.
Les autorités n’ont toutefois pas communiqué, à ce stade, sur la capacité annuelle de production ni sur le calendrier opérationnel du site industriel. Cette initiative s’inscrit dans un cadre juridique élargi mis en place depuis 2022. Le Mali a notamment adopté un nouveau Code minier en 2023, complété par une loi sur le contenu local, renforçant le rôle de l’État dans les secteurs stratégiques liés à l’exploitation des ressources naturelles.
Outre le cadre national, des dispositifs comparables existent dans plusieurs pays producteurs d’or. En Afrique du Sud, au Ghana ou en Tanzanie, la fabrication et la distribution d’explosifs civils relèvent d’un encadrement étroit des autorités publiques, en raison des enjeux de sécurité et de traçabilité.
La participation majoritaire de l’État dans FARATCHI-CO-SA vise ainsi à structurer durablement un maillon stratégique de la chaîne minière, alors que le secteur aurifère demeure la principale source d’exportation du pays.
Cheick B. CISSE
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