L’Essor : Quel est votre sentiment après votre élection à la tête de la Fédération malienne de taekwondo ?
Aminata Makou Traoré : C’est avant tout un sentiment de profonde gratitude et d’humilité. Cette élection est un honneur immense et une marque de confiance que je mesure pleinement. En tant que femme élue à la tête de la Fédération malienne de taekwondo, je ressens également une fierté particulière et une grande responsabilité : celle d’ouvrir la voie, de briser certains plafonds et de montrer que les femmes ont toute leur place dans la gouvernance sportive.
J’espère que ce parcours inspirera d’autres femmes et jeunes filles à croire en leurs capacités et à s’engager, sans peur, dans le sport et le leadership. Enfin, c’est avec espoir et détermination que je m’engage à travailler avec tous les acteurs pour bâtir une fédération plus forte, inclusive et performante, afin de faire rayonner le taekwondo malien au plan national et international.
L’Essor : Vous n’étiez pas favorite du scrutin, mais vous avez gagné. Qu’est-ce qui a été déterminant pour vous?
Aminata Makou Traoré : Je pense que ce qui a été déterminant, c’est avant tout la foi en mon projet et en mes valeurs. J’ai mené une campagne de proximité, basée sur l’écoute, la sincérité et le respect, en allant à la rencontre des acteurs du taekwondo pour comprendre leurs réalités et leurs attentes. Le soutien de femmes et d’hommes convaincus qu’un renouveau était possible, ainsi que la confiance placée dans mon parcours, mon engagement et ma capacité à rassembler, ont fait la différence. Cette victoire est avant tout celle d’une vision collective, portée par l’espoir du changement et le travail d’équipe.
L’Essor : Vous êtes seulement la 3è femme à diriger une fédération, après Keïta Aminata de l’athlétisme et Mme Sanglier du golf. Qu’est-ce que cela représente pour vous, en terme de défis ?
Aminata Makou Traoré : Être seulement la 3è femme à diriger une fédération représente à la fois un immense honneur et un défi majeur. Le premier défi est de faire ses preuves dans un environnement encore très masculin, où les femmes doivent souvent travailler davantage pour être légitimées. Il y a aussi le défi de changer les mentalités, de démontrer que le leadership féminin est une richesse pour le sport. Enfin, je ressens le devoir de ne pas décevoir, car chaque pas compte : ma réussite devra ouvrir la voie à d’autres femmes, renforcer leur confiance et encourager une plus grande participation féminine à tous les niveaux de gouvernance sportive.
L’Essor : Quelles sont les grandes lignes de votre programme ?
Aminata Makou Traoré : Mon programme repose sur quatre grandes priorités. D’abord, le renforcement de la gouvernance de la fédération, avec plus de transparence, de professionnalisme et une gestion inclusive. Ensuite, le développement de la base, à travers la structuration des clubs, la formation des entraîneurs, arbitres et dirigeants, et une attention particulière portée aux jeunes et aux femmes. La troisième priorité concerne la performance sportive, avec un meilleur encadrement des athlètes, une préparation plus rigoureuse et une participation régulière aux compétitions nationales et internationales. Enfin, je mets un accent fort sur la mobilisation des partenaires et des ressources, afin de doter la fédération de moyens durables et de faire rayonner le taekwondo malien comme un levier d’éducation, de cohésion sociale et d’excellence sportive.
L’Essor : Selon vous, qu’est-ce qui manque aujourd’hui au taekwondo malien pour rivaliser avec l’élite africaine ?
Aminata Makou Traoré : À mon sens, il ne s’agit pas d’un manque de talent, car le taekwondo malien regorge d’athlètes prometteurs. Ce qui fait surtout défaut, c’est une structuration plus solide et plus continue. Nous avons besoin d’un encadrement technique renforcé, de programmes de formation réguliers pour les entraîneurs et les arbitres, ainsi que d’une préparation plus soutenue des athlètes, incluant le suivi médical, mental et scientifique.
Il manque également des ressources financières stables, des infrastructures adaptées et une exposition régulière à la compétition de haut niveau. Avec une meilleure organisation, des partenariats stratégiques et une vision à long terme, je suis convaincue que le taekwondo malien peut rivaliser avec l’élite africaine et s’y imposer durablement.
L’Essor : En 2011 vous êtes devenues la première athlète malienne à remporter une médaille d’or aux Jeux africains. Avec le recul, quel souvenir vous rappelle cet exploit ?
Aminata Makou Traoré : Avec le recul, cet exploit reste un souvenir profondément gravé en moi. Je me rappelle surtout la fierté immense de représenter le Mali, d’entendre l’hymne national et de savoir que, ce jour-là, j’avais écrit une page de l’histoire du sport malien. Mais au-delà de la médaille, ce souvenir me rappelle surtout les sacrifices, la persévérance et la foi qu’il a fallu pour y arriver, dans un contexte souvent difficile.
Cet exploit m’a appris que tout est possible avec le travail et la détermination, et c’est ce message que je souhaite aujourd’hui transmettre aux jeunes athlètes : croire en leurs rêves, même quand personne n’y croit pas encore.
L’Essor : Quel message avez-vous pour le monde du sport malien, en général et celui des arts martiaux en particulier ?
Aminata Makou Traoré : Mon message est avant tout un message d’unité, d’engagement et d’espoir. Au monde du sport malien, je dis que nous avons un potentiel immense qui ne demande qu’à être mieux organisé, mieux accompagné et mieux valorisé. Le sport peut et doit être un véritable levier de développement, d’éducation et de cohésion sociale pour notre pays.
Aux acteurs des arts martiaux en particulier, j’adresse un appel à la discipline, au respect et à la solidarité, valeurs fondamentales qui doivent guider aussi bien la pratique sportive que la gouvernance. Ensemble, au-delà des différences, nous devons travailler à bâtir des structures solides, protéger nos athlètes et viser l’excellence, afin de porter haut les couleurs du Mali sur toutes les scènes, africaine et internationale.
Propos recueillis par Djènèba BAGAYOKO
Crédito: Link de origem
