Le Mali, cœur battant du Sahel, est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement silencieux entre deux visions du monde: celle d’une Afrique souveraine, debout, maîtresse de son destin – et celle d’un continent encore sous tutelle, où les décisions sont dictées depuis des capitales étrangères, relayées par des institutions continentales devenues méconnaissables.
Le dernier communiqué de l’Union africaine sur le Mali en est une illustration criante. En reprenant sans nuance le narratif occidental d’un «blocus djihadiste», l’UA s’est une fois de plus alignée sur les intérêts de ceux qui, depuis des décennies, exploitent nos divisions pour mieux piller nos ressources. Où était cette même UA lorsque le Mali, seul, affrontait l’hydre terroriste ? Où était-elle lorsque les populations civiles subissaient les conséquences d’un embargo injuste ? Où est-elle encore aujourd’hui, alors que les puissances étrangères redessinent les frontières mentales et minières de notre continent ?
Ce silence complice, cette posture de perroquet diplomatique, trahit la mission originelle de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), fondée en 1963 sous l’impulsion du Négus Haïlé Sélassié Ier. En 2002, l’UA est née d’une mue institutionnelle censée renforcer l’intégration africaine. Mais que reste-t-il de cette ambition ? Une structure budgétivore, financée à plus de 70% par des bailleurs extérieurs, dont les fonctionnaires grassement rémunérés semblent plus préoccupés par les salons feutrés d’Addis-Abeba que par les cris des peuples.
Heureusement, des voix s’élèvent. Celle du ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a résonné avec force et clarté lors du 1er BAMEX. Il a rappelé que l’Afrique ne se libérera pas à genoux.
À cette conférence de presse du 12 novembre 2025, en marge du BAMEX, le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a fermement rejeté les allégations de l’Union africaine sur un prétendu blocus djihadiste au Mali, qualifiant ces affirmations de désinformation et de scénarios de science-fiction.
Voici un rendu précis et fidèle des principales déclarations du ministre Diop :
Sur la souveraineté du Mali : «Le Mali est un État souverain, et nous ne permettrons à personne de parler à notre place ou de décider à notre place».
Sur les accusations de blocus djihadiste : «Il n’y a aucun blocus sur Bamako. Ces affirmations sont des scénarios de science-fiction, déconnectés de la réalité du terrain. Nos forces de défense et de sécurité maîtrisent la situation».
Sur la posture de l’Union africaine : «Nous regrettons que certaines institutions africaines se fassent le relais de narratifs étrangers, au lieu de soutenir les efforts des États membres dans leur lutte pour la stabilité et la dignité».
Sur la désinformation médiatique : «Il est temps de mettre fin aux campagnes de désinformation qui visent à affaiblir notre pays. Le Mali est debout, résilient, et engagé dans la voie de la paix et du développement».
Sur l’appel à l’unité africaine : «Ce que nous attendons de nos partenaires africains, ce n’est pas la critique facile, mais la solidarité active. L’Afrique doit parler d’une seule voix, celle de ses peuples.»
Le ministre Diop a également salué les efforts des forces armées maliennes et réaffirmé l’engagement du gouvernement à renforcer la sécurité nationale sans dépendre de forces extérieures. Il a appelé à une relecture du rôle des institutions africaines, pour qu’elles deviennent des instruments de souveraineté et non de soumission.
Comme pour dire que le bâton de commandement, même plongé dans le Nil, ne deviendra jamais caïman. Que l’ingérence humanitaire n’est souvent qu’un masque pour l’interventionnisme économique.
Et le Mali, comme le Niger et le Burkina Faso, formant la nouvelle entité politique africaine des nations libres, refuse désormais d’être un pion. Il veut être un joueur. Et pour cela, il faut rompre avec les logiques de dépendance, de fragmentation, de soumission.
C’est pourquoi l’appel du Professeur Cheikh Anta Diop résonne comme une cloche qui sonne l’heure : le temps est venu de basculer l’Afrique sur la pente de son destin fédéral. Ce n’est pas un slogan, c’est une urgence historique. Comme le disait le Pr Cheikh Anta Diop : «L’unité politique est la condition sine qua non de notre survie collective». Sans fédération, nous resterons faibles, divisés, manipulables. Avec elle, nous deviendrons une force géopolitique, culturelle et économique incontournable. Car «pour survivre les peuples africains feront nécessairement leur jonction. Un jour ou l’autre la soupape sautera. Pourquoi ne pas conduire le mouvement au lieu de le subir ?», s’interrogeait-il en nous interpellant à sa façon.
L’Afrique n’a pas besoin de tuteurs. Elle a besoin de partenaires. Elle n’a pas besoin de discours. Elle a besoin d’actes. Elle n’a pas besoin de pitié. Elle a besoin de respect.
Et ce respect commence par nous-mêmes.
Be yourself !… Ké iyéréyé (I’N’I)
KML
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