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«Un jour noir pour l’ONU» : la Russie et la Chine dénoncent le projet Trump pour Gaza

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  • Déclaration de la Chine
  • Réactions de la Résistance palestinienne

Monsieur le président,

La Fédération de Russie s’est abstenue lors du vote sur une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, rédigée par les États-Unis, en soutien au «plan global du président Trump pour mettre fin au conflit à Gaza». Il s’agit d’un projet que nous ne pouvions tout simplement pas soutenir.

Nous apprécions les efforts déployés par les États-Unis et d’autres médiateurs, qui ont permis de mettre fin à la phase «critique» du conflit israélo-palestinien et d’éviter une famine de grande ampleur, ainsi que d’instaurer un cessez-le-feu, d’obtenir la libération d’otages israéliens et de détenus palestiniens [la Russie reprend donc cette dichotomie honteuse entre otages et prisonniers, NdT], et de procéder à des échanges de dépouilles. Nous constatons que ces efforts sont salués tant dans la région du Moyen-Orient que dans le monde entier.

Dans le même temps, lorsqu’il s’agit d’une décision du Conseil de sécurité des Nations unies, l’organe principal chargé de maintenir la paix et la sécurité internationales, nous devons garder à l’esprit la responsabilité qui incombe à cette instance. C’est précisément pour cette raison que, dès le début des négociations sur ce document, nous avons constamment insisté pour que les membres du Conseil se voient conférer un rôle statutaire assorti des outils nécessaires de responsabilité et de contrôle.

De plus, nous sommes partis du principe que la résolution devait refléter la base juridique internationale universellement reconnue et réaffirmer les décisions et principes fondamentaux, au premier rang desquels la formule essentielle : «deux États pour deux peuples». Après tout, c’est précisément cette approche qui a été approuvée à une écrasante majorité dans la Déclaration de New York, adoptée à l’issue de deux forums en faveur de la solution à deux États.

Chers collègues,

Il ne s’agit pas d’une question théorique, mais d’une question éminemment pratique, qui demeure particulièrement pertinente à la lumière des déclarations publiques sans équivoque provenant des plus hautes sphères du pouvoir israélien, selon lesquelles la création d’un État palestinien est tout simplement inacceptable. Malheureusement, ces éléments clés n’ont pas été intégrés dans le projet américain. Celui-ci ne précise pas davantage le calendrier du transfert du contrôle de Gaza à l’Autorité palestinienne (AP), ni ne donne la moindre certitude quant au Conseil de paix et à la Force internationale de stabilisation (FIS) qui, à en juger par le texte de la résolution adoptée aujourd’hui par le Conseil, seront en mesure d’agir de manière totalement autonome, sans tenir aucun compte de la position ou de l’avis de Ramallah. Cela risque de renforcer la séparation entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, et rappelle les pratiques coloniales ainsi que le mandat britannique sur la Palestine octroyé par la Société des Nations, à une époque où l’opinion des Palestiniens n’était absolument pas prise en considération.

Le mandat de la FIS soulève également des questions. Le plan global du président Trump ne précisait pas que la FIS serait chargée de démilitariser Gaza ni de désarmer les groupes armés locaux par tous les moyens disponibles. La résolution confère toutefois à la Force internationale de sécurité un mandat de maintien de la paix si large que la Mission pourrait, en réalité, devenir une partie au conflit, dépassant les limites du maintien de la paix. À notre connaissance, aucun des pays susceptibles de fournir des contingents n’a donné son accord en ce sens.

Par ailleurs, nous tenons à souligner que les membres du Conseil n’ont pas eu suffisamment de temps pour travailler de bonne foi ni pour parvenir à des compromis. Tordre les bras de certaines capitales ou faire pression sur les délégations ici à New York ne saurait être qualifié de travail de bonne foi.

En résumé, le document américain est, une fois encore, un achat à l’aveuglette. En substance, le Conseil donne son aval à l’initiative américaine en se fondant exclusivement sur l’honneur de Washington, tandis que nous laissons la bande de Gaza à la merci du Conseil de paix et de la Force internationale de sécurité, dont les méthodes de travail nous demeurent inconnues. L’enjeu essentiel est de veiller à ce que ce document ne devienne pas un écran de fumée pour des expérimentations débridées menées par les États-Unis et Israël dans le territoire palestinien occupé (TPO), ni qu’il ne se transforme en condamnation à mort de la solution à deux États.

La Russie a pris note de la position de Ramallah, ainsi que de celle de nombreux États arabo-musulmans qui ont soutenu le projet américain afin d’éviter une nouvelle effusion de sang dans l’enclave. À cet égard, nous avons choisi de ne pas présenter notre propre projet, qui visait à amender le concept américain afin de le mettre en conformité avec les anciennes résolutions onusiennes déjà adoptées. Mais il n’y a aucune raison de se réjouir : aujourd’hui est un jour noir pour le Conseil de sécurité. Outre les aspirations des parties concernées, il existe également une notion fondamentale : l’intégrité du Conseil de sécurité. Et aujourd’hui, avec l’adoption de cette résolution, cette intégrité et les prérogatives du Conseil ont été compromises.

Dans ce contexte, nous espérons nous tromper et pouvoir compter sur les États-Unis pour démontrer concrètement leur potentiel en matière de maintien de la paix. Ce potentiel sera évalué à l’aune de leur capacité à garantir une paix durable, dans laquelle Israël et la Palestine coexisteraient dans la paix et la sécurité au sein des frontières de 1967, Jérusalem devenant la capitale des deux États, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies, au droit international et aux accords antérieurs qui répondent à la fois aux impératifs de sécurité d’Israël et au droit des Palestiniens à disposer de leur propre État. La mise en œuvre du plan du président Trump repose désormais entièrement sur les épaules de ses auteurs et de ses partisans, principalement parmi les huit nations arabo-musulmanes qui ont approuvé le plan.

Malheureusement, nous avons déjà connu une expérience malheureuse où des décisions imposées par les États-Unis au sujet du conflit israélo-palestinien ont produit l’exact contraire de ce qui était prévu. Ne dites pas que nous ne vous avions pas prévenus.

Je vous remercie.

source : Mission permanente de la Fédération de Russie à l’ONU

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