Un pays riche, un peuple pauvre. C’est en substance le constat que le pape Léon XIV a posé lors de la messe célébrée à Yaoundé, en s’adressant directement à la jeunesse camerounaise. Un discours sans détour, qui a résonné bien au-delà des enceintes religieuses, dans un pays où des milliers de jeunes quittent chaque année pour chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas chez eux.
« Malgré la richesse de la terre, beaucoup connaissent la pauvreté »
Le pape n’a pas utilisé de métaphores. Il a nommé les choses. « Malgré la richesse de la terre au Cameroun, beaucoup connaissent la pauvreté, à la fois matérielle et spirituelle », a-t-il déclaré devant une foule de fidèles, dont une large majorité de jeunes.
Le Cameroun dispose de ressources considérables : pétrole, forêts, terres agricoles fertiles, façade maritime, diversité climatique. Et pourtant, le pays figure toujours parmi les économies les plus fragiles du monde, avec un taux de pauvreté qui dépasse 37 % selon les dernières estimations de la Banque mondiale. Des dizaines de milliers de diplômés se retrouvent chaque année sans emploi. La fuite des cerveaux s’accélère, vers l’Europe, le Canada ou les pays du Golfe.
Face à cette réalité, le pape a choisi d’interpeller directement : « Rejetez toute forme d’abus ou de violence, qui trompe en promettant des gains faciles, mais endurcit le cœur et le rend insensible. N’oubliez pas que votre peuple est encore plus riche que cette terre. » Une façon de dire que le problème n’est pas le sol, mais ceux qui le gouvernent — et ceux qui acceptent de s’en laisser dépouiller.
Un appel à rester, à construire, à refuser la corruption
Le message du pape Léon XIV n’était pas seulement spirituel. Il était politique dans son sens le plus large. En encourageant les jeunes à ne pas partir, à ne pas se laisser séduire par les raccourcis, il a pointé deux fléaux qui gangrènent la société camerounaise : la corruption et le découragement.
« Soyez les protagonistes de l’avenir. Suivez la vocation que Dieu donne à chacun de vous. Ne vous laissez pas corrompre par des tentations qui gaspillent vos énergies et ne servent pas le progrès de la société », a-t-il conclu devant une assemblée suspendue à ses mots.
Ces mots tombent dans un contexte précis : hausse du coût de la vie à Douala et Yaoundé, chômage des jeunes en hausse, crise anglophone non résolue, institutions qui peinent à délivrer. Le pape n’a pas dit que le Cameroun est maudit. Mais il a clairement dit qu’il est mal géré — et que la jeunesse a le devoir de changer cela.
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