Le pape Léon XIV interpelle Biya sur l’héritage des visites papales

Ce devait être un moment de prestige. Cela s’est transformé en mise en cause discrète mais cinglante. Lors de son discours à Yaoundé devant les autorités camerounaises, le corps diplomatique et la société civile, le pape Léon XIV a posé une question qui a glacé plus d’un dans la salle : « Où en sommes-nous aujourd’hui ? » Une phrase courte. Un poids immense.

Quatre papes, des appels clairs — et quelle suite ?

Le gouvernement camerounais aime rappeler que Paul Biya a accueilli quatre souverains pontifes sur le sol national. Une fierté affichée, un symbole de rayonnement international. Mais le pape Léon XIV n’est pas venu valider ce palmarès. Il est venu vérifier ce qu’il en reste.

Dans son allocution, il a évoqué l’héritage de Jean-Paul II et de Benoît XVI, venus au Cameroun avec des messages précis : réconciliation, justice, paix, responsabilité morale des dirigeants. Des appels solennels, prononcés devant ces mêmes institutions, dans ce même pays.

Puis il a demandé, devant une salle remplie de ministres, d’ambassadeurs et de responsables : quels fruits ces visites ont-elles réellement produits ? Qu’est-ce qui reste à faire ?

La réponse implicite était dans la question elle-même. Si ces messages avaient été entendus et appliqués, le Cameroun ne serait pas encore confronté à un conflit armé dans les régions anglophones qui dure depuis bientôt une décennie, à des questions persistantes sur la gouvernance, la redevabilité et l’état de droit. Des milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés, une crise qui s’enlise à Bamenda et dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest pendant que Yaoundé affiche sa stabilité de façade.

Un moment protocolaire devenu interpellation politique

Dans les chancelleries et les cercles du pouvoir, on s’attendait à un discours de circonstance. Le pape Léon XIV a livré autre chose : une lecture critique de trois décennies d’occasions manquées. Sans hausser le ton. Sans désigner nommément quiconque. Mais avec une clarté que personne dans la salle ne pouvait feindre de ne pas comprendre.

Ce n’est pas la première fois qu’un chef religieux interpelle le pouvoir camerounais. Mais venant du pape, en visite officielle, devant les caméras du monde entier, le message prend une dimension particulière. Il ne s’agissait plus d’une célébration. Il s’agissait d’un examen de conscience imposé.

La question reste posée. Et elle ne trouvera de réponse que dans les actes, pas dans les discours. Le Cameroun a reçu quatre papes en quarante ans. Il lui reste à montrer qu’il a su les écouter.

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